Finance solidaire & Pays du Sud — 3 questions à… Isabelle Brun, responsable de la communication externe de la SIDI

Responsabilité sociale - Du 13 au 20 novembre 2023, c'est la Semaine de la finance solidaire. Comment la finance solidaire contribue-t-elle au développement durable dans les pays du Sud ? Quel rôle la microfinance peut-elle jouer dans les zones rurales des pays émergents ? Isabelle Brun, responsable de la communication externe de la SIDI, répond en exclusivité aux questions du Courrier Financier.

Du 13 au 20 novembre, l’association FAIR organise la 16e édition de la semaine de la finance solidaire. « La finance solidaire repose sur une épargne placée sur des produits financiers solidaires. Cette épargne collectée est ensuite orientée vers des porteurs de projets développant des activités à forte utilité sociale », explique la Banque de France. Dans ce cadre, l’association SIDI a lancé en juin 2022 le fonds fonds européen de financement solidaire pour l’Afrique (FEFISOL II) avec un premier closing de 22,5 millions d’euros. Isabelle Brun, responsable de la communication externe de la SIDI, répond en exclusivité au Courrier Financier.

Le Courrier Financier : Qu’est-ce qui définit votre approche de la finance solidaire ? Pourquoi la SIDI choisit-elle de soutenir le développement des zones rurales dans les pays du Sud ?

Finance solidaire — 3 questions à... Isabelle Brun, responsable de la communication externe de la SIDI
Isabelle Brun

Isabelle Brun : La SIDI (Solidarité Internationale pour le développement et l’Investissement) est un investisseur solidaire créé il y a 40 ans par le CCFD-Terre Solidaire [ONG catholique française, créée en 1961 pour lutter contre la faim dans le monde, NDLR]. L’objectif est de soutenir, dans les pays du Sud, les populations qui sont exclues des circuits économiques et financiers classiques. Nous mettons la finance au service des acteurs du développement local.

Notre approche repose sur une chaîne de solidarité financière, qui relie les citoyens qui veulent donner du sens à leur épargne aux organisations locales soutenues par la SIDI et leurs bénéficiaires. Nous donnons la priorité au milieu rural et à l’agriculture familiale. Secteur jugé trop risqué ou peu rentable par de nombreux investisseurs, l’agriculture familiale joue pourtant un rôle majeur dans l’essor des zones dans lesquelles nous intervenons.

C.F. : Dans un contexte de changement climatique, à quels enjeux économiques les pays du Sud sont-ils confrontés ? Comment la finance solidaire y répond-t-elle ?

I.B. : Nous intervenons dans des zones jugées difficiles ou dites à risque : en Afrique subsaharienne notamment, au Proche-Orient, en Amérique Latine. Dans ces régions, nous ciblons des partenaires locaux qui font face une multiplicité de difficultés liées à la fois au contexte politique et/ou économique dans lequel ils interviennent, et à la vulnérabilité de leur clientèle aux chocs externes.

Notre capacité d’intervention est directement liée aux types de ressources financières, des ressources solidaires donc, dont nous disposons. Ce sont ces ressources apportées par notre actionnariat solidaire qui nous donnent cette flexibilité et nous permettent de viser avant tout un impact social et environnemental élevé, en contrepartie d’un niveau de risque assumé. La mobilisation d’un actionnariat citoyen, au cœur de notre modèle, est donc essentielle.

C.F. : Qu’est-ce que le fonds européen FEFISOL II ? Comment s’inscrit-il dans cette dynamique de finance solidaire ?

I.B. : Afin de générer des effets de leviers conséquents pour le monde rural en Afrique, la SIDI a innové en 2011 en créant le Fonds européen de financement solidaire pour l’Afrique (FEFISOL), le premier fonds européen dédié à la microfinance rurale et aux filières agricoles en Afrique. Ce fonds a été structuré de manière à pouvoir associer à ses interventions des investisseurs institutionnels comme la Banque Européenne d’Investissement et le groupe AFD/Proparco.

Nous avons lancé le deuxième fonds FEFISOL en 2022, pour une durée de 12 ans. Il est encore plus ambitieux en matière de performance sociale et environnementale. Il permet de renforcer considérablement nos moyens d’action, en disposant de nouvelles ressources d’investissement et d’assistance technique.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

Voir tous les articles de Mathilde