Entreprises : Covid-19, préparer la sortie de crise avec un conseil financier

Patrimoine - Cette semaine, le confinement a été rallongé jusqu'au 11 mai prochain. La Chambre Nationale des Conseils Experts Financiers (CNCEF) revient sur les dispositifs d'aide de l'Etat pour les entreprises frappées par la crise sanitaire. Le point avec Le Courrier Financier.

Le déconfinement, ce n’est pas pour maintenant. Ce lundi 13 avril, Emmanuel Macron a prononcé sa quatrième allocution solennelle sur la crise du coronavirus. Depuis le Palais de l’Elysée à Paris, le président de la République a annoncé la prolongation des restrictions de déplacements actuelles jusqu’au 11 mai prochain. L’économie française va donc rester en léthargie partielle jusqu’à cette date. Comment aider les entreprises à traverser cette période difficile ? C’est le principal défi qui attend les conseils financiers dans les semaines à venir, prévient la Chambre Nationale des Conseils Experts Financiers (CNCEF).

Son président, Didier Kling, a pris la parole devant la presse en visioconférence ce mercredi 15 avril. « En tant que professionnels financiers, notre place est aux côtés des acteurs de l’économie réelle », a-t-il déclaré. « Nous vivons une crise économique très différente de celle de 2008-2009, dont l’origine était financière », a-t-il précisé. La crise de 2020 n’est pas due à des ajustements financiers, des déséquilibres économiques ou des situations de marché trop risquées. Elle est sanitaire à l’origine, ce qui la rend plus rude. Elle est mondiale et directement amplifiée par les mesures de protection des populations — certes nécessaires — imposées par les différents Etats.

Prévenir le dépôt de bilan

La crise touche à la fois les personnes et les entreprises. Ces dernières font face à une baisse de la demande, des difficultés d’approvisionnement et à un manque de main d’œuvre — même si certains secteurs, comme la pharmaceutique ou la logistique alimentaire, connaissent une période de surchauffe. Emmanuel Macron a déclaré ce lundi que les mesures de chômage partiel et de soutien aux entreprises « seront prolongées et renforcées ». Un plan spécifique va être mis en place pour les secteurs les plus en difficultés, comme le tourisme et l’hôtellerie. Par ailleurs, le Gouvernement prépare « des annulation charges et des aides spécifiques ».

Ces dispositions sont cruciales pour les structures dont l’activité est fortement orientée à la baisse à cause du Covid-19. « Certaines entreprises ont peu de trésorerie et peu de marge de manœuvre. Quand elles atteignent le point de bascule, le risque de dépôt de bilan est réel », prévient Didier Kling. Preuve de cette fragilité, le Régime de Garantie des salaires (AGS) — dispositif de solidarité inter-entreprises — mentionne dans son bulletin statistique publié le 9 avril dernier une « surreprésentation des procédures en redressement judiciaire », parmi les procédures collectives ouvertes par les juridictions commerciales qui ont bénéficié du régime AGS.

Gérer la trésorerie d’entreprise

Afin d’éviter une telle situation, la trésorerie des entreprises est l’objet de beaucoup d’attentions. Une grande majorité d’entre elles ont recours aux aides de l’Etat, assure la CNCEF. Le Fonds de solidarité s’adresse ainsi aux Très Petites Entreprises (TPE), aux travailleurs indépendants, micro-entrepreneurs et professions libérales. Sous certaines conditions — notamment chute du CA en mars 2020, fermeture administrative, etc. — ces professionnels peuvent bénéficier d’une aide défiscalisée de 1 500 euros. Depuis le 25 mars, la France a également mis en place offre aussi des Prêts Garantis par l’Etat (PGE), un système validé par la Commission européenne.

Ce dispositif doit sécuriser 300 milliards d’euros de crédit aux entreprises frappées par la crise sanitaire, soit près de 15 % du produit intérieur brut français. « Pour répondre aux besoins de financement, l’État a chargé Bpifrance d’émettre et de gérer les garanties de prêts aux entreprises en son nom. La garantie doit faciliter l’octroi de prêts par les banques et ainsi maintenir ouvert le canal du crédit aux entreprises », déclare le Président de la CNCEF, qui envisage déjà l’après-crise. « Pour les entreprises comme pour les particuliers, l’expertise de nos membres sera indispensable lors de la reprise, c’est pourquoi, nous sommes très attentifs à la pérennité de leurs activités », assure Didier Kling.

Digitalisation et rôle du conseil financier

Ces différentes mesures de crise ont pour objectif de réduire les impacts à court terme de la crise actuelle, mais il faut aussi envisager les impacts à moyen terme. Quel sera le contexte macroéconomique de l’après crise ? Les politiques budgétaires et monétaires actuelles n’auront-elles pas créé un contexte inflationniste, avec une abondance de liquidités non adaptée à la production des biens et des services ? Le rythme de reprise des différentes activités variera d’un secteur à l’autre — pensons au transport aérien — et la situation des entreprises sera très variable. Dans ce contexte exceptionnel, le rôle du conseiller financier sera prépondérant.

Sa connaissance de l’entreprise doit lui permettre de lui proposer les meilleures solutions pour assurer la partie financière de leur redémarrage. « Nous avons un avantage par rapport à 2008, nous possédons des outils communication digitale qui n’existaient pas auparavant », relève Didier Kling. Cette transformation permet à plus de 8 millions de Français de recourir aujourd’hui au télétravail, légalisé par la loi PACTE. « Avec les plateformes en ligne d’allocation d’actifs, tout ou presque — exception faite de certaines assurances vie — peut se faire à distance maintenant. Pour les conseillers, c’est le moment de se démarquer, de contacter ses clients et d’adapter leur allocation. Il faut préparer la sortie de crise ! », conclut Stéphane Fantuz, Président de la CNCEF Assurances.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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