DWS : le gérant d’actifs accusé de greenwashing

Actualités - Cette semaine, DWS — filiale de gestion d'actifs de Deutsche Bank — se retrouve dans le collimateur des régulateurs américains et allemands. Une ex-responsable du développement durable accuse le groupe d'avoir surévalué le poids de ses encours ESG. Le début d'une régulation plus stricte du marché mondial de la finance durable ?

DWS : les Etats-Unis accusent le gérant de greenwashing sur ses critères ESG

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Une volée de bois vert pour la finance durable ? Le gérant d’actifs DWS — filiale de Deutsche Bank — se retrouve dans le collimateur des régulateurs américain (SEC) et allemand (BaFin). Le deuxième gérant d’actifs européen aurait surévalué le poids de ses encours environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), révèle le Wall Street Journal ce mercredi 25 août. Dans son rapport annuel de mars dernier, DWS estime que les encours ESG représenteraient plus de la moitié de ses 800 milliards d’euros sous gestion à fin 2020. Un chiffre dénoncé comme inexact par son ex-responsable du développement durable, Desiree Fixler, précise Bloomberg.

DWS dément les accusations

Si la SEC se refuse à tout commentaire, la bourse a immédiatement réagi. Ce jeudi 26 août, le cours de l’action DWS a chuté de -13,3 % à Francfort (Allemagne). L’affaire secoue un secteur en pleine croissance en Europe. En 2020, l’Union européenne (UE) s’est dotée d’une législation sur l’investissement durable. Objectif, atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et lutter contre l’éco-blanchiment (en anglais greenwashing). Depuis le 10 mars dernier, le règlement européen Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) impose une classification commune — toutefois, chaque société de gestion continue d’utiliser sa méthodologie ESG.

D’ici 2023, le SFDR devrait imposer d’autres exigences pour homogénéiser les données ESG des entreprises. Dans ce contexte, l’affaire DWS fait tache. Malgré son passage éclair au sein du groupe, Desiree Fixler (septembre 2020 – mars 2021) assure que le groupe aurait menti sur sa politique verte. La part des encours véritablement ESG chez DWS serait minime et difficilement vérifiable au sein des portefeuilles. Une accusation que le gérant dément dans un communiqué publié ce jeudi. « DWS maintient les informations contenues dans son rapport annuel. Nous rejetons fermement les allégations faites par une ancienne employée ».

Etats-Unis, rattraper le retard

Le secteur laisse encore une large place à l’interprétation des gérants. Le groupe DWS assure faire la distinction entre les stratégies ESG strictes et celles qui intègrent juste une démarche ESG. « DWS s’efforce de toujours faire preuve de transparence vis-à-vis du marché », plaide le communiqué. Cette démarche répond aussi à une préoccupation grandissante des investisseurs. Dans une étude Quilter publiée le 24 mai dernier, 44 % des investisseurs en finance durable citent le greenwashing ESG comme leur principal sujet de préoccupation — loin devant la crainte de frais supplémentaires (42 %) ou de performances inférieures (38 %).

En Europe, les fonds d’investissement verts représentent 158 milliards d’euros d’encours, d’après une étude Novethic publiée en mars dernier. La croissance du secteur s’accélère, avec une collecte de 25 milliards d’euros au premier trimestre 2021 — soit la moitié de la collecte de 2020. « Des dynamiques anciennes se confirment, comme la consolidation de stratégies d’investissement centrées sur le segment des obligations vertes ; ou la poussée des ETFs environnementaux », souligne Novethic. Si l’Europe a pris de l’avance, la finance durable reste peu développée aux Etats-Unis. Le potentiel de croissance y est donc très important.

Depuis le 10 mars dernier, les Etats-Unis et l’Europe travaillent à définir des règles communes concernant la finance verte. Dans ce cadre, la SEC s’est dotée d’un groupe de travail pour détecter les fraudes ESG. Avec l’entrée en lice de l’Oncle Sam, le dossier DWS pourrait servir de cas d’école… Une mauvaise publicité dont le groupe bancaire se serait sans doute bien passé.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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