Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?

Responsabilité sociale - Ce jeudi 18 novembre, Axylia publie une enquête exclusive sur le risque carbone des 50 plus gros fonds actions Europe. D'après cette étude, 72% d’entre eux ne survivraient pas à un prix du carbone. Le point avec Le Courrier Financier.

Ça sent le gaz pour les fonds actions… Le cabinet de conseil Axylia — spécialisé en finance responsable depuis 2005 — publie ce jeudi 18 novembre une étude sur le risque carbone des 50 plus gros fonds investis en Actions Europe et zone euro, immatriculés en France. D’après les données de l’Autorité des marchés financiers (AMF), ils représentent 65 % des encours de ces catégories (Actions Europe et zone euro). Les fonds passés au crible dans le cadre de l’enquête pèsent 69 milliards d’euros. Dans le cadre de son enquête, Axylia les a passés au crible de son Score Carbone dont les résultats s’expriment sur une échelle de A à F.

Ce score évalue les émissions de carbone tout au long de la vie des produits et services de l’entreprise. Une nuance nécessaire, puisque les émissions de dioxyde de carbone (CO2) à l’usage (scope 3) surpassent celles émises à la production (scope 2). C’est le cas d’une voiture, par exemple, qui produira sur la route 80 % du total de ses émissions de CO2. Le Score Carbone matérialise ainsi la rentabilité d’une entreprise, une fois retranché le coût de ses émissions carbone. Et les résultats sont inquiétants. Près de trois fonds testés sur quatre (72 %) obtiennent un Score Carbone « négatif » de D, E ou F. Ces 36 fonds cumulent 46 milliards d’euros d’encours.

Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?
Scores Carbone des 50 fonds testés dans l’étude
Source : Axylia
Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?
Source : Axylia
Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?
Source : Axylia

Evaluer le prix du carbone

Face au réchauffement climatique, le CO2 reste le principal adversaire. Ce gaz à effet de serre (GES) vient de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel). Il reste environ un siècle dans l’atmosphère, où il devient le principal responsable de l’effet de serre. Ce n’est pas un hasard si le charbon figurait dans les quatre priorités des 196 pays réunis pour la COP26 à Glasgow (Ecosse), du 31 octobre au 12 novembre derniers. A cette occasion, 23 nouveaux Etats — dont le Canada et la Pologne — se sont engagés à sortir du charbon, dans les années 2030 pour les pays développés et dans les années 2040 pour les autres.

De son côté, que peut le monde de la finance et des entreprises ? En 2005, l’Union européenne (UE) a instauré un marché du carbone pour « mesurer, contrôler et réduire les émissions de son industrie et de ses producteurs d’électricité », indique le Ministère français de l’Ecologie. Un système efficace pour compenser l’impact des émissions de CO2 des entreprises ? Axylia rappelle que les économistes du climat et le GIEC valorisent la tonne de CO2 à 108 euros. « C’est un niveau de bascule, très supérieur au prix du quota européen (60 euros) et très supérieur aux autres prix mondiaux ». Résultat, « 72 % des fonds actions ne survivraient pas à un prix du carbone ».

Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?
Source : Axylia

Une menace sur l’épargne ?

Depuis 1997, un nombre croissant d’investisseurs en France se fie aux notations ESG pour décider. Depuis avril 2021, la règlementation européenne impose aux sociétés de gestion de classer leurs fonds selon leur intensité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG). Les fonds dits article 8 et 9 possèdent une qualité ESG, « forte et très forte » ; les fonds articles 6 ne revendiquent pas de qualité ESG. Cette grille de lecture serait « confuse et inadaptée », selon Axylia — plus propice au greenwashing qu’à la lutte contre le réchauffement climatique. « Nous faisons le constat de la complexité et de l’épuisement de la notation ESG », souligne le cabinet.

« Nous observons aussi que la réglementation SFDR ne renseigne que partiellement sur l’impact extra-financier réel des fonds. 69 % des fonds dits articles 8 et 9, censés intégrer les critères ESG, sont associés à des Scores Carbone négatifs (D, E et F) », pointe Vincent Auriac, PDG d’Axylia. Par ailleurs, seuls 36 % des fonds de l’échantillon labellisés ISR (Investissement Socialement Responsable) obtiennent ainsi un Score Carbone « positif » (A, B et C) contre 20 % pour les fonds classiques. D’après Axylia, cette situation présente un risque important pour les souscripteurs, celui d’une « perte sur leur épargne en cas de tarification du carbone ».

Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?
Source : Axylia
Risque carbone : les fonds Actions Europe et zone euro sont-ils vraiment verts ?
Source : Axylia

Face au risque systémique du changement climatique, Axylia a mis en place sa plateforme qui affiche le Score Carbone des entreprises et des fonds. « La plateforme crée la transparence », se félicite Vincent Auriac. Objectif, « aider particuliers et professionnels à identifier les structures qui créent le moins d’externalités climatiques ». Avec l’aide des internautes, le site collaboratif devrait à terme couvrir les 10 000 fonds accessibles sur le marché français. De quoi dissiper les écrans de fumée ?

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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