Sociétés de gestion : à peine 3 % de femmes PDG

Asset Management - D'après une récente étude du cabinet de recrutement Heidrick & Struggles, les asset managers ont encore du chemin à faire pour atteindre la parité. Les femmes sont nombreuses dans les conseils d'administration, mais ne représentent que 3 % des PDG. De quoi ajouter un nouvel objectif ESG pour le secteur ? Le point avec Le Courrier Financier.

Où sont les femmes ? Toujours pas à la tête des sociétés de gestion. Dans une étude publiée le 6 mai dernier, Heidrick & Struggles s’est penché sur la place des femmes au sein des 50 plus grosses sociétés d’asset management dans le monde. Dans ce bastion traditionnellement très masculin, les femmes occupent désormais un tiers des sièges dans les conseils d’administration (33 %). En revanche, celles qui se hissent au sommet de l’entreprise se comptent sur les doigts de la main — à peine 3 % de femmes PDG. « C’est très peu, même par rapport au secteur des services financiers dans son ensemble », pointe le cabinet.

Représentativité au point mort

Le problème date de bien avant la crise sanitaire. La représentativité des femmes n’a « presque pas évolué depuis 20 ans ». Les profils comme celui de Valérie Baudson — qui a pris ses fonctions ce lundi 10 mai à la tête du Groupe Amundi — restent très rare. Certes, la France se place au-dessus de la moyenne mondiale, avec 8 % de femmes dirigeantes. C’est mieux qu’en Suisse (3 %) ou en Allemagne (4 %), mais très loin derrière les Etats-Unis (48 %). Derrière cette absence, beaucoup de talents gaspillés. « Les préjugés, les écarts salariaux et le harcèlement poussent les femmes à cesser de travailler dans le secteur », déplore Heidrick & Struggles.

Le facteur géographique explique en partie de tels écarts. La majorité des société de gestion étudiées ont leur siège aux Etats-Unis (54 %). Le Royaume-Uni (10 %) et la France (8 %) arrivent loin derrière. La présence des femmes au sein des instances dirigeantes dépend parfois de la législation locale. En France par exemple, la loi Copé-Zimmermann impose 40 % de femmes au sein des conseils d’administration. Un sérieux coup de butoir dans le plafond de verre, mais pas assez fort pour le briser. Le pouvoir reste masculin. « Les femmes occupent plutôt des postes de gouvernance que de direction » résume le cabinet.

Sociétés de gestion : à peine 3 % de femmes PDG
« Les postes les plus fréquents pour les femmes dans la gestion d’actifs »
Source : étude Heidrick & Struggles

Des carrières plus lentes

Nulle n’est prophétesse en son pays. Les sociétés de gestion « affichent une nette préférence pour le recrutement externe », quand il s’agit de nommer une femme à un poste de direction. D’après l’étude, 58 % des femmes dirigeantes ont été débauchées chez la concurrence — contre 42 % nommées en interne. Le même phénomène s’observe au sein des conseils d’administration : la moitié des femmes qui y siège vient de l’extérieur. Mais multiplier les expériences ralentit leur carrière. Les femmes ont en moyenne 49 ans quand elles sont nommées en interne à un poste de direction — contre 53 ans en cas de recrutement externe.

L’étude bat en brèche l’idée des « responsabilités familiales incompatibles » avec les exigences d’un poste de direction en gestion d’actifs. « Nos données racontent une autre histoire : au cours des 12 derniers mois, notre enquête a dénombré 27 femmes qui évolué professionnellement ; avec 11 d’entre elles qui ont changé d’organisations de gestion d’actifs et de services financiers ; 11 qui ont été promues en interne, et 5 qui ont pris leur retraite ». Comme Le Courrier Financier l’illustre dans son émission de radio mensuelle « Femmes à la Une », l’univers de la gestion d’actifs ne manque pas de talents féminins. Il s’agit désormais d’accroître ce vivier.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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