LIVRE / « Comment les années Mario Draghi ont changé la Banque centrale européenne »

Asset Management - Les années Draghi ont apporté de nombreux changements au sein de la BCE. Quelles politiques monétaires l'institution a-t-elle instaurées ? Comment l'institution a-t-elle réformé son fonctionnement ? Quelles sont ses perspectives d'action futures ? Cette semaine, CPR AM publie aux éditions Bréal le livre « Comment les années Mario Draghi ont changé la Banque centrale européenne ». Le Courrier Financier vous propose une fiche de lecture.

« A n’en pas douter, les banques centrales joueront un rôle central sur les décennies qui arrivent » Comment analyser le mandat de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) ? Entre 2011 et 2019, l’institution a mis en place des mesures non-conventionnelles contre l’inflation ultra-basse : achat de titres à grande échelle (Quantitative Easing), politique de taux négatifs, refinancement longue durée des banques ou encore réforme de sa communication… Laetitia Baldeschi, Juliette Cohen et Bastien Drut — membres de l’équipe Etudes et Stratégie chez CPR AM — publient ce mercredi 9 octobre aux éditions Bréal un ouvrage commun (11,90€) afin de donner des clés de lecture.

LIVRE / « Comment les années Mario Draghi ont changé la Banque centrale européenne »

Sauvetage de la zone euro

Dans les deux premiers chapitres, les auteurs rappellent les débuts difficiles de « Super Mario». Récession de la zone euro, tensions sur les marchés obligataires, marché interbancaire en panne… En 2011, Mario Draghi prend la barre d’un navire au cœur de la tempête. Il réaffirme un soutien indéfectible à l’euro. Le discours du « Whatever it takes », prononcé à Londres en juillet 2012 devant un forum d’investisseurs, aura un effet durable sur la confiance des marchés. L’achat massif de titres souverains de pays de la zone euro — dispositif OMT — rétablit un « équilibre subtil » dans le financement des Etats, au prix de programmes d’austérité et de financements extérieurs à l’Eurosystème.

Les chapitres 3 et 4 racontent la longue marche vers le Quantitative Easing (QE). Ce n’est qu’en mars 2015 — bien après la FED et la BoJ — que la BCE réussit à passer outre l’opposition de principe de plusieurs de ses membres, notamment Jens Weidmann, Président de la Bundesbank. Le QE sera « finalement lancé pour éviter la spirale déflationniste » avec un programme d’achats de dettes publiques et privées de 60 milliards d’euros par mois. Objectif, stimuler la croissance et l’inflation grâce à la baisse des taux à long terme. Le QE provoque ainsi un fort recul des rendements obligataires (baisse des taux d’environ 100 pb). D’après la BCE, il aurait aussi contribué à la baisse de la charge de la dette et à la relance du crédit au secteur privé.

Transformation du rôle de la BCE

En termes de communication, la BCE a connu une véritable rupture depuis l’ère Trichet. Dans le chapitre 5, les auteurs reviennent sur l’instauration du guidage des anticipations ou « forward guidance ». Dès juin 2013, le Conseil des Gouverneurs annonce que « la politique monétaire restera accommodante aussi longtemps que nécessaire ». La communication devient dès lors un élément incontournable. La BCE uniformise ses communiqués. Elle réduit le nombre de ses prises de paroles, et ouvre un accès restreint au contenu de ses minutes. Bien se faire comprendre des financiers devient essentiel, en particulier quand les résultats escomptés se font attendre : l’inflation par exemple est restée « relativement basse dans la zone euro ».

Les chapitres 6 à 8 explorent ces résultats en demi-teinte. La « frustration de ne pas voir l’inflation repartir » a soulevé des critiques. Par la voix de Peter Praet — dont le mandat de Directeur a pris fin en juin 2019 — la BCE considère que l’inflation aurait été plus basse encore sans les mesures non conventionnelles de la période Draghi. En ce qui concerne les prêts bancaires, la BCE s’est attaqué à la crise de confiance qui gangrène le marché interbancaire depuis la crise des Subprimes en 2008. les opérations de TLTRO de maturité longue (2 à 4 ans) auraient eu un effet positif sur l’octroi de crédit aux entreprises non-financières. Cette mesure figure dorénavant dans la boîte à outils de la BCE.

La BCE au secours du climat ?

Les derniers chapitres (9 à 11) se penchent sur la transformation irréversible de la mission de surveillance de la BCE. Cette transformation ne fait pas l’unanimité. La politique monétaire expansionniste, l’efficacité des mesures ou encore les faibles marges de manœuvre des banques centrales nationales soulèvent des critiques (chapitre 10). Les politiques budgétaires connaissent cependant un retour en Grâce, ce qui est de bon augure pour l’avenir de la zone euro. Un futur que la BCE imagine vert et écologique. L’institution prend résolument position sur le changement climatique et la lutte contre les inégalités (chapitre 11). Une façon d’accompagner le changement profond que représente l’essor de l’ISR.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

Voir tous les articles de Mathilde