Défaut de paiement : la Russie paye certaines de ses dettes en dollars

Actualités - Cette semaine, la Russie parvient à éviter le défaut de paiement de sa dette souveraine. Le pays a versé près de 650 millions de dollars pour s'acquitter de deux emprunts obligataires. Tandis que la guerre en Ukraine se poursuit, la Russie se bat sur le front économique en puisant dans ses énormes réserves de devises étrangères. Jusqu'à quand Vladimir Poutine parviendra-t-il ainsi à danser sur le volcan ? Le point avec Le Courrier Financier.

Défaut de paiement : la Russie paye certaines de ses dettes en dollars

* En anglais « Taisez-vous et prenez mon argent ! »

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Le risque d’un défaut de paiement s’éloigne pour la Russie. Le ministère russe des Finances a annoncé ce vendredi 29 avril avoir réglé deux emprunts obligataires d’une valeur près de 650 millions de dollars (618 millions d’euros). Les fonds ont été transférés ce lundi 2 mai à certains porteurs d’obligations, soit deux jours avant l’échéance. La Russie aurait effectué ce paiement en dollars mais sans recourir aux réserves gelées par les Etats-Unis, a indiqué Reuters dès ce mardi 3 mai. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le Trésor américain interdit à la Russie de rembourser sa dette avec des dollars qui proviendrait de banques américaines. La Russie doit composer avec le gel de ses avoirs.

Eviter le défaut de paiement

La dette extérieure russe représente aujourd’hui environ 40 milliards de dollars. L’Occident s’en sert comme levier de pression économique pour mettre fin au conflit en Ukraine. Début avril 2022, la Russie avait tenté — sans succès — de régler en roubles une dette en dollars. L’agence de notation financière S&P Global Ratings avait alors baissé la note de la Russie pour ses paiements en devises étrangères au niveau de « défaut de paiement sélectif ». La note était ainsi tombée à « SD » — soit le dernier niveau avant le « D » qui signifie défaut. En ce qui concerne les paiements en roubles, la note est restée à « CC ». La Russie déploie depuis des efforts considérables pour éviter le défaut de paiement.

Ce vendredi 29 avril, la gouverneure de la Banque centrale russe Elvira Nabioullina a reconnu que Moscou faisait face à des « difficultés de paiements » mais que nous ne pouvions « pas parler de défaut » à ce stade. Il s’agit plus d’un défaut technique que d’une réelle incapacité à rembourser la dette souveraine. D’un point de vue historique, la Russie a déjà a connu le défaut de paiement de ses dettes domestiques en roubles, lors de la crise financière de 1998. Toutefois, il faut remonter au 29 décembre 1917 pour retrouver un exemple de défaut du pays sur sa dette étrangère. La République soviétique de Russie avait alors refusé par décret de reconnaître la dette héritée du régime tsariste.

Course contre la montre

Pour se protéger contre le risque de défaut, la Russie puise dans ses réserves. Après la polémique sur l’or russe, le pays se sert désormais de ses réserves de devises. En date du 31 janvier dernier, la Banque centrale russe disposait de plus de 630 milliards de dollars de réserve. « Cela suffirait à payer toutes les importations du pays pendant un an, sans que la Russie n’ait besoin d’exporter quoi que ce soit », expliquait Jörg Krämer, économiste en chef de la Commerzbank, le 24 février dernier pour le média allemand Tagesschau. Notons qu’une partie des réserves de change de la banque centrale russe reste détenue à l’étranger — et tombe donc sous le coup des sanctions occidentales.

Côté marchés financiers, tous les regards sont tournés vers les échéances à venir. Le 27 mai prochain, la Russie devra s’acquitter d’un emprunt en dollars émis en 2016 et d’un emprunt en euros émis en 2021. Ces échéances interviendront après l’expiration de la licence temporaire accordée par les Etats-Unis — elle court jusqu’au 25 mai — pour permettre des transactions liées aux obligations souveraines russes. Le Trésor américain n’a pas évoqué un éventuel report de l’expiration de cette licence. Pendant ce temps, les négociations se poursuivent difficilement avec l’Ukraine. Ce vendredi 6 mai, une nouvelle évacuation de civils doit avoir lieu à Marioupol (sud-est de l’Ukraine).

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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