Brexit : la France menace le Royaume-Uni de pénurie d’électricité pour Noël

Actualités - Cette semaine, les tensions montent entre la France et le Royaume-Uni sur le dossier des permis de pêche. En réaction, Paris menace de limiter les livraisons d'électricité dans les îles Anglo-Normandes. Quels sont les enjeux de ce bras de fer ?

Brexit : la France menace le Royaume-Uni de pénurie pour Noël

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

La France sera-t-elle le Grinch qui volera Noël aux Britanniques ? Les relations se tendent sur la questions de l’accès aux zones de pêche. Ce mardi 5 octobre, Jean Castex a appelé la Commission européenne à intervenir pour forcer Londres à respecter sa part de l’accord post-Brexit — signé in extremis fin 2020. En théorie, les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques. Pour ce faire, ils ont besoin d’une licence — accordée s’ils peuvent prouver qu’ils pêchaient déjà dans cette zone avant le Brexit. Devant le faible nombre de licences, Paris accuse Londres de manquer de fairplay.

Noël au pain sec et à l’eau ?

Fin septembre dernier, les taux de refus enregistrés étaient très élevé. Le 28 septembre, le Royaume-Uni a accordé 12 autorisations sur 47 pour pêcher dans la limite des 6 à 12 milles nautiques de ses côtes (75 % de taux de refus). Le 29 septembre, l’île anglo-normande de Jersey a annoncé l’octroi de 64 licences définitives à des bateaux français — contre les 169 demandées par la France (plus de 60 % de taux de refus). En colère, les pêcheurs français ont menacé ce mercredi 6 octobre de bloquer le port de Calais et le tunnel sous la Manche. De quoi limiter le pic de consommation des festivités de fin d’année… et gâcher Noël ?

Les mesures envisagées par les pêcheurs concerne « surtout pour les produits d’import et export », précise Olivier Leprêtre, patron de chalutier et président du Comité régional des pêches maritimes des Hauts-de-France, à l’agence Reuters. Annick Girardin, ministre de la Mer, leur a demandé de reporter leur décision pour ne pas geler les négociations. « Si la négociation échoue, nous empêcherons tous les produits français et européens d’atteindre le Royaume-Uni, et nous empêcherons tous les produits britanniques d’atteindre l’Europe », martèle Olivier Lepretre, cité par le Daily Mail. Adieu dindes, puddings, hors-d’œuvres et chocolats.

Pénurie d’électricité

La France agite une autre menace, celle de la pénurie d’électricité. « Dans les prochains jours, nous prendrons des mesures européennes ou nationales de pression sur le Royaume-Uni », déclare Clément Beaune, secrétaire d’État français aux Affaires européennes, ce mardi 5 octobre. Les îles Anglo-Normandes dépendent de la France pour leur approvisionnement énergétique. A l’heure où nous écrivons ces lignes, Jersey est alimentée en électricité depuis la France par câbles sous-marins. Pour Clément Beaune, il s’agirait seulement de réguler les flux et de réduire les livraisons — pas de couper le courant en plein hiver.

L’accord négocié par Michel Barnier pour l’Union européenne (UE) prévoit un « accord d’export sur l’énergie » dont Paris entend respecter sa part. « Réduire les livraisons (d’électricité à Jersey) c’est possible, couper le courant à chaque habitant de Jersey cet hiver, cela n’arrivera pas », tempère-t-il ce vendredi 8 octobre sur BFMTV. Cette possibilité n’a toutefois rien de réjouissant pour Londres, à l’heure où les prix de l’énergie — notamment gaz et électricité — flambent sur le marché européen ; en raison d’un choc de la demande lié à la reprise économique post-Covid mais aussi de difficultés d’approvisionnement en gaz russe.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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