Actions chinoises : le rebond du lapin en 2023 ?

Asset Management - Le 22 janvier dernier, la Chine célèbrait le Nouvel An lunaire. L'année du lapin d'eau sera-t-elle celle du rebond économique ? Quelle place accorder aux actions chinoises dans son portefeuille en 2023 ? Le point avec Le Courrier Financier.

L’année 2023 sera-t-elle celle du rebond économique ? Ce dimanche 22 janvier, la Chine célébrait le Nouvel An lunaire. Nous sommes entrés dans l’année du lapin d’eau. D’après l’astrologie chinoise, cet animal symbolise la prospérité et la paix — tandis que l’eau représente la capacité d’adaptation. Le président Xi Jinping a présenté la semaine dernière ses vœux à la population, rapporte Radio Chine Internationale (média officiel proche du régime). Au programme, ton mesuré et aucune allusion à la réunification avec Taïwan. Nous sommes loin du discours guerrier qui prévaut depuis environ trois ans.

La fin de la politique zéro Covid devrait entraîner la réouverture de l’économie. En conséquence, l’année qui vient « devrait être une bonne année pour le marché des actions chinoises. Les perspectives de l’économie et de la croissance des bénéfices des entreprises sont bien meilleures qu’en 2022 », prédit Sean Taylor, directeur de la stratégie d’investissement Asie-Pacifique chez DWS. Cette position est partagée par Atlantic Financial Group dans un récent rapport (en anglais). Les principaux indices boursiers chinois enregistrent de très bonnes performances depuis le 1er janvier 2023, dans le prolongement du T4 2022.

Chine : un lapin peut-il faire rebondir votre portefeuille d'actions en 2023 ?
« Performance des actions depuis novembre 2022 »
Source : Atlantic Financial Group

Fin de la politique zéro covid

En 2022, les restrictions ont constitué le principal frein à la consommation des Chinois. Le 8 janvier dernier, Pékin a mis un terme à sa politique zéro covid après une série de manifestations historiques. Cette décision a accéléré les contaminations. Le 21 janvier, un haut responsable chinois assurait que 80 % de la population chinoise aurait déjà été infectée, ce qui amoindrirait le risque de reprise épidémique. Une affirmation destinée à rassurer, à la veille de la plus grande migration humaine du monde. D’après Statista, environ 415 millions de voyageurs ont traversé le pays en 2019 pendant le Nouvel An lunaire.

2023 sera-t-elle l’année du rebond de la demande intérieure chinoise ? L’économie du pays devrait croître de +6 % cette année, selon Atlantic Financial Group. Cette prévision est supérieure au consensus des économistes (+4,8 %). « Ce consensus est trop pessimiste. Il sous-estime l’impact de la politique monétaire chinoise mais également le retour de la consommation. L’excès d’épargne actuel des Chinois — qui date de la période Covid — représente 15 % de la consommation annuelle des ménages », commente Bruno Jacquier, économiste et stratégiste chez Atlantic Financial Group, contacté par Le Courrier Financier.

Opportunités et risques de marché

Afin de contrer le ralentissement de son économie, la Banque populaire de Chine (BPC) a assoupli sa politique monétaire en 2022. Au programme, baisse des taux et mesure de soutien pour favoriser les prêts. La Chine souhaite ainsi favoriser la reprise économique des petites entreprises et encourager la consommation des ménages. D’après les chiffres officiels, publiés le 12 janvier dernier, la Chine n’enregistre que +2 % d’inflation en 2022. En France, l’inflation s’affichait à 5,9 % sur un an en décembre dernier d’après l’Insee. Aux Etats-Unis, elle atteignait 6,5 % sur l’ensemble de l’année 2022, selon les chiffres du Bureau of Labor Statistics.

En 2022, la plupart des investisseurs étrangers ont quitté les marchés chinois. Seuls les investisseurs structurels sont restés. En cause, les tensions géopolitiques avec Washington mais surtout l’ingérence des autorités publiques. « La Chine n’est pas un pays démocratique, l’Etat peut intervenir dans l’économie à n’importe quel moment. Cela crée de l’incertitude, et les investisseurs n’aiment pas cela. La forte contraction du marché de l’immobilier aussi est un vrai sujet d’inquiétude, qu’il ne faut pas minimiser. L’instabilité peut perdurer en 2023. Pour analyser correctement ce segment, il faut s’intéresser à l’ensemble de ses acteurs — y compris les assureurs, garants de ce marché », résume Bruno Jacquier.

Actions chinoises : le rebond du lapin en 2023 ?

Quelle place pour les actions chinoises ?

En 2020, une enquête menée par BlackRock a montré que l’allocation moyenne en actions chinoises était inférieure à 3 %. Les investisseurs s’intéressent au marché chinois non pas directement mais à travers une exposition plus large aux marchés émergents. En 2023, Atlantic Financial Group s’attend à une accélération des flux de capitaux. « Il y a des raisons structurelles de s’intéresser à la Chine. Ce pays représente 20 % de l’économie mondiale et 15 % du commerce international. Il est aussi inclus l’indice de référence du MSCI World. Ignorer ce poids géographique reviendrait à sousperformer l’indice », précise Bruno Jacquier.

Dans un scénario positif où l’économie chinoise reste à l’équilibre, quelle place donner aux actions chinoises pour diversifier son portefeuille ? « Il faut regarder le marché chinois dans son ensemble. Si vous prenez la totalité des actions A, c’est-à-dire le marché domestique chinois, vous avez un univers d’investissement d’environ 800 titres. C’est large ! Ensuite tout dépend de la nationalité de l’investisseur et de son profil de risque. Pour un investisseur prudent, il vaut mieux garder 4 % d’actions chinoises. Pour un profil d’investisseur plus dynamique, nous conseillerons plutôt 6 % à 7 % d’actions chinoises en portefeuille », conclut Bruno Jacquier.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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