Twitter : Elon Musk rachète le réseau social et « libère l’oiseau »

Actualités - Le 27 octobre dernier, Elon Musk a annoncé le rachat de Twitter — définitif, cette fois. Après plusieurs mois de rebondissements, quel avenir pour le réseau social ? Quel impact économique pour les investisseurs ? Plus de détails avec Le Courrier Financier.

« Responsable du service téléphonique réclamations de Twitter ». Elon Musk s’en donne à cœur joie dans sa biographie sur le réseau social. Ce jeudi 27 octobre, le patron de Tesla et de SpaceX a finalement annoncé le rachat de Twitter. L’opération s’est conclue au prix convenu en avril dernier, c’est-à-dire pour 44 milliards de dollars. En signe de victoire, le milliardaire a tweeté dès le lendemain « L’oiseau est libéré » — en référence au logo de la marque. Dans la foulée, Elon Musk a licencié l’ancien PDG de Twitter, Parag Agrawal. Trois autres dirigeants de la firme ont également été remerciés, rapporte le Washington Post.

La danse du chat et de l’oiseau

Ce rachat arrive après plusieurs mois de rebondissements. En avril dernier, Elon Musk avait rendue publique sa proposition de racheter Twitter. Le conseil d’administration avait accepté à contre-cœur, avant qu’Elon Musk ne retire son offre — au prétexte que l’entreprise lui aurait menti sur le nombre exact de faux comptes sur la plateforme. Une accusation appuyée par les déclarations de Peiter Zatko, ex-responsable de la sécurité informatique de Twitter, licencié en janvier 2022. Il avait dénoncé les pratiques douteuses de l’entreprise dans un rapport de 200 pages, publié le 23 août dernier par le Washington Post.

Twitter avait déclaré à la Securities and Exchange Commission (SEC) — le gendarme de la bourse américaine — que les faux comptes représentaient environ 5 % de ses utilisateurs. D’après Elon Musk, ce chiffre serait plus proche de 20 %. Finalement, le grand patron aura voulu éviter le procès dont le menaçait Twitter. « En cas d’annulation de la vente, Elon Musk s’exposait au paiement d’une indemnité de rupture de contrat dont le montant pouvait atteindre un milliard de dollars, outre des frais juridiques probablement considérables », explique Me Arnaud Touati, avocat associé du cabinet Hashtag Avocats, contacté par Le Courrier Financier.

Une certaine idée de la liberté d’expression

Les deux parties avaient jusqu’au 28 octobre dernier pour trouver un accord. C’est chose faite. Ce lundi 31 octobre, Elon Musk a annoncé qu’il allait devenir le nouveau directeur général de Twitter. De quoi inquiéter les observateurs, qui craignent une dérégulation de la modération sur le réseau social. Outre sa volonté de combattre les contenus indésirables, Elon Musk n’a pas caché sa volonté de transformer Twitter en un bastion de la liberté d’expression… Jusqu’à autoriser le retour de Donald Trump ? Le compte de l’ancien président des Etats-Unis reste suspendu depuis l’assaut du Capitole à Washington D.C., le 6 janvier 2021.

« Si j’avais reçu un dollar à chaque fois que quelqu’un m’a demandé si Trump allait revenir sur la plateforme, aujourd’hui Twitter battrait monnaie ! », a ironisé Elon Musk ce lundi 31 octobre sur Twitter. Conscient que l’incertitude effraie les annonceurs, il tient à se montrer rassurant. Elon Musk prévoit la création d’un « conseil de modération de contenu » dont les membres devraient présenter un large éventail d’opinions. Ce mercredi 2 novembre, le nouveau patron de Twitter a ajouté que les utilisateurs bannis ne pourront pas revenir « avant plusieurs semaines »… soit après les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le 8 novembre prochain.

Quelles conséquences économiques pour Twitter ?

Elon Musk a de grands projets, y compris économiques pour la plateforme. Tout d’abord, Twitter va quitter les marchés financiers. Elon Musk a finalisé le rachat du groupe au prix de 54,20 dollars l’action. C’est plus de deux fois son cours d’introduction lors de son entrée sur le New York Stock Exchange (NYSE), le 7 novembre 2013 — à l’époque 26 dollars par action. Dans un document déposé auprès de la SEC, le NYSE prévoit de retirer Twitter de la cote dès l’ouverture de la séance du 8 novembre. Le cours de l’action est actuellement suspendu. Neuf ans après son entrée en bourse, l’oiseau bleu tire donc sa révérence.

Qu’est-ce qui va changer pour les investisseurs ? « En l’absence de cotation, une entreprise n’est en principe plus autant soumise aux multiples pressions que peuvent exercer les actionnaires et le grand public. Elle peut probablement davantage se concentrer sur les aspects opérationnels et financiers, étant entendu toutes choses égales par ailleurs, qu’il faudra pour la plateforme rembourser les emprunts conséquents accordés pour financer l’opération », nous précise Me Arnaud Touati. Pour racheter Twitter, Elon Musk a emprunté 13 milliards de dollars auprès des banques américaines fin octobre dernier.

A la clé, plus de liberté pour le nouveau patron. « Une entreprise non cotée n’a pas les mêmes obligations en termes de publication de ses résultats, outre l’absence de soumission aux multiples exigences de la SEC », nous rappelle Me Arnaud Touati. Elon Musk a déjà dévoilé un projet qui fait couler beaucoup d’encre : rendre payante la certification sur Twitter. Désormais, les utilisateurs payeront 8 dollars par mois — soit 8 euros au taux de change euro/dollar actuel — pour garder leur petit badge bleu. Ce signe distinctif garantit l’authenticité du compte et permet de limiter son exposition à la publicité. Twitter n’a pas fini de gazouiller.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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