5 questions sur le « growth equity »

Asset Management - Bien qu'il soit encore peu répandu en France, l'investissement de type "growth equity" s'installe peu à peu dans le paysage financier.

Qu’est-ce que le « growth equity » ?

Cette branche du « private equity » répond un principe simple : investir dans des sociétés matures, aux concepts aboutis, afin de financer l’accélération de leur développement ou l’élaboration de nouveaux produits. À mi-chemin entre le LBO (Leveraged Buy-out) et le « Venture Capital », il n’est pas question ici de financer spécifiquement l’innovation. La valorisation est obtenue grâce à la dynamique de croissance d’une société solide. Contrairement au LBO, le « growth equity » n’est pas dans une logique de disruption. Ce modèle d’investissement est surtout développé aux États-Unis.

Combien d’investissements « growth equity » en Europe ?

Le 7 juin 2018, lors de la Conférence des Investisseurs pour la Croissance, organisée par France Invest au Palais Brongniart, une table ronde intitulée « la montée en puissance du growth equity » permettait d’obtenir l’éclairage de spécialistes sur ce thème. Parmi eux, Franck Sebag, associé EY, introduit le sujet en évoquant quelques chiffres sur la situation de l’investissement « growth equity » en Europe : « En 2017, il y a eu 7 milliards d’euros investis au Royaume-Uni, 2,8 milliards en Allemagne, 2,5 milliards en France et 6,7 milliards pour le reste de l’Europe. » Toujours selon Franck Sebag, « les deux secteurs qui concentrent le plus d’investissements sont la « tech » et la « life science ». » C’est une nouvelle encourageante pour l’avenir, quand on sait que la France est n°2 mondial en nombre d’entreprises « des sciences du vivant » (bio-ingénierie, neurosciences, nanotechnologie, biologie, science végétale, etc).

Quelles entreprises en ont bénéficié en 2017 ?

Pour ce qui est des entreprises réceptrices de ces investissements, on retrouve en haut du tableau les Britanniques d’Improbable, start-up spécialiste de la réalité virtuelle, qui a reçu en mai 2017 un investissement record de 500 millions de dollars. Une autre start-up du Royaume-Uni, celle de livraison de repas Deliveroo, signe une année 2017 remarquable. L’entreprise a levé près de 385 millions de dollars. Du côté de l’Allemagne, Delivery Hero et Auto1 Group ont aussi levé plusieurs centaines de millions d’euros. Chez les Français, la dimension n’est cependant pas la même. La tête du classement est occupée par Actility, spécialiste de l’internet des objets, avec « seulement » 70 millions d’euros levés l’an dernier. Ensuite vient ManoMano, la plateforme spécialisée dans la vente de produits et de services de bricolage, avec 60 millions d’euros de levés en 2017.

La France est-elle en retard ?

Au vu des chiffres, il apparaît nettement que le marché français est peu développé. C’est aussi le cas, de manière générale, de l’Europe vis-à-vis des États-Unis. Pour Philippe Pouletty, le directeur général de Truffle Capital, les raisons ne sont pas qu’économiques. « Il y a une différence de « sociologie » entre la France et les États-Unis. Les fonds américains sont très spécialisés, avec des analyses de professionnels très pointues sur ce genre d’investissements. Ce n’est pas que les professionnels français soient mauvais, mais ils sont simplement moins spécialisés sur le « growth equity ». » Philippe Pouletty observe aussi une autre faiblesse européenne, « les entreprises européennes ont souvent des stratégies mono-produit. Investir dans celles-ci est donc plus risqué. »

Comment améliorer le marché français et européen ?

Pour Franck Sebag, « la compétition ne doit plus se faire entre l’Auvergne et le Nord, ou entre la France et l’Allemagne, mais elle doit se faire au niveau mondial. Il faudrait créer un champion européen » pour être en mesure de rivaliser avec les Américains. De son côté, Benoist Grossmann, d’Idinvest Partners, se demande si le manque d’investissements « growth equity » en France est vraiment un problème. « Sur le marché, ce n’est pas l’argent qui est rare, mais bien les belles entreprises à financer. Il faut une bonne équipe managériale, c’est une ressource rare. »

Si le marché français du « growth equity » réussit à se développer, il le devra donc davantage à la qualité de son capital humain qu’aux ressources financières à sa disposition. En effet, les investisseurs sont déjà prêts à accompagner les talents. Ce qui manque encore aujourd’hui, ce sont surtout les structures capables d’absorber efficacement ces flux d’investissements.

Luigi Delmet

Rédacteur - Le Courrier Financier

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