La République tchèque, le nouveau dragon

Asset Management - Dans les années 1980, l’économie mondiale avait ses quatre dragons asiatiques, Taïwan, la Corée du Sud, Singapour et Hong-Kong, qui accumulaient les succès avant de laisser la place aux pays émergents dans les années 2000. Les années 2010 ne marqueraient-elles pas le retour sur le devant de la scène de quelques pays d’Europe de l’Est et tout particulièrement celui de la République tchèque ? Ce pays figure parmi les meilleurs élèves de la classe européenne en termes de croissance et d’emploi.

Du fait du plein emploi, le salaire moyen tchèque a tendance à augmenter fortement

La hausse sur un an atteint 7,6 % au second trimestre de cette année. Cette progression est la plus forte enregistrée depuis 2008. Il est désormais de 1 130 euros (en France, le salaire moyen est de 2230 euros).

La croissance est soutenue tant par la demande intérieure, favorisée par le plein emploi, les revalorisations de salaires et l’amélioration des prestations sociales, que par les exportations. En 2016, la balance commerciale a été excédentaire de 18 milliards d’euros, soit 10 % du PIB. Son excédent commercial est ainsi supérieur en valeur relative à celui de l’Allemagne.

La République tchèque est intégrée dans la chaîne de production allemande, l’industrie tchèque bénéficiant du dynamisme de l’économie de son voisin. Parmi d’autres facteurs jouant positivement, il faut citer la reprise des marchés automobiles en Europe et la réduction de la facture énergétique. Le pays exporte des équipements industriels et matériels de transport qui représentent 55 % du total des ventes, les seuls véhicules automobiles assurent 25 % des exportations totales. Les machines et matériels électriques (+12 %), les pièces détachées automobiles (+13,1%), suivis des matériels informatiques (- 0,9 %) et des machines et équipements industriels (+8,2 %) complètent la liste des principaux produits tchèques exportés.

En raison d’une situation budgétaire équilibrée (déficits publics inférieurs à 1 % du PIB et dette publique inférieure à 38 % du PIB en 2016), les autorités ont pu relever les minimas sociaux. Le minimum social est passé, cette année, de 9 900 couronnes (380 euros) à 11 000 couronnes (422 euros) et il devrait connaître une nouvelle réévaluation début 2018, en passant à 12 200 couronnes (468 euros). Le salaire minimum devrait ainsi être supérieur au seuil de pauvreté en République tchèque.

La République tchèque doit faire face à plusieurs défis dont le vieillissement de la population et la réorientation de son modèle

La République tchèque est, avec l’Espagne et l’Italie, l’État ayant un des plus faibles taux de natalité au monde : 1,27 enfant par femme. À défaut de recourir à l’immigration, cette situation entraînera une baisse assez rapide de la population active et une augmentation des dépenses de retraite.

L’économie tchèque dépend fortement du secteur des transports. Pour éviter d’être dépendant des aléas de ce secteur, les autorités encouragent l’accroissement de l’effort de recherche et une plus forte présence des entreprises dans les secteurs de pointe (techniques de l’information, numériques, robots, santé). La montée en gamme constitue une nécessité pour un pays qui enregistre une forte augmentation de ses coûts salariaux.

L’économie tchèque doit aussi conquérir des parts de marché à l’extérieur de l’Europe. Aujourd’hui, sept pays, l’Allemagne, la Slovaquie, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni, la Pologne et l’Italie, absorbent une grande partie des exportations. Cette concentration a tendance à s’accroître depuis 2013.

Le troisième axe d’inquiétude est lié aux inégalités qui demeurent importantes

Le salaire médian, qui sépare la population entre la moitié qui gagne plus et celle qui gagne moins, est de 955 euros. Certes, il a augmenté de 8,2 % au second trimestre mais il s’accompagne d’un écart important entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres. Par ailleurs, les inégalités de revenus entre les hommes et les femmes restent fortes. Le salaire médian pour les premiers est de 27 181 couronnes (1 043 euros) et, pour les secondes, de 22 300 couronnes (855 euros).

La République tchèque, tout en respectant tous les critères du Traité de Maastricht, recule sa date d’entrée au sein de la zone euro. Les autorités souhaitent pouvoir conserver des marges de manœuvre monétaires bien que, dans les faits, depuis plusieurs années, le taux de change est assez stable. Sur le plan diplomatique, la discrétion est de rigueur même si les responsables en place sont assez proches des dirigeants hongrois ou polonais. Néanmoins, en ce qui concerne la question des travailleurs détachés, afin de ne pas accommoder ses principaux clients, le Premier Ministre tchèque se situe sur la même ligne qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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