Jeux Olympiques, un bon pari économique ?

Asset Management - Après le renoncement de Los Angeles qui se réserve pour 2028, en septembre prochain, Paris devrait obtenir les Jeux Olympiques de 2024, soit 100 ans après ses premiers Jeux.

Les grands évènements sportifs sont des vitrines économiques, touristiques et politiques pour un pays. Mais, est-ce que cela peut être une bonne affaire économique ? Les contre-exemples ne manquent pas même s’il faut, en la matière, nuancer certains jugements hâtifs. Les retombées ne se mesurent pas dans l’année. Il faut souvent attendre une période plus longue pour analyser les effets post-jeux.

Pour avoir une vision correcte, il faut ajouter, aux coûts directs, les charges indirectes comme les dépenses de sécurité ou les effets d’éviction, les touristes durant les Jeux se font rares par crainte des attentats ou des difficultés de circulation. Il convient également de prendre en compte les dépenses d’entretien des installations des équipements sportifs qui continueront à grever les budgets publics longtemps après la fin des évènements sportifs. Le recours de plus en plus fréquent à des installations démontables limite cet inconvénient.

La dérive des budgets, principal risque auquel sont confrontées les villes organisatrices

Les Jeux de Séoul en 1988 qui devaient coûter 4 milliards de dollars ont finalement occasionné une dépense de plus de 8,3 milliards d’euros. La palme de la dérive est pour Pékin. Le montant des Jeux a atteint 32 milliards de dollars pour un budget initial de 2,6 milliards de dollars. Parmi les moins rigoureux figurent aussi Athènes et Londres avec un doublement des budgets. Atlanta, en 1996, a presque respecté l’enveloppe prévue dans le dossier de candidature (3,3 milliards de dollars contre 2,5 milliards). Les Jeux d’Hiver n’échappent pas également à l’inflation des budgets. Ainsi, ceux de Sotchi, en 2014, ont été les plus dispendieux de l’histoire, avec un budget total de 36 milliards d’euros.

Les Gouvernements et les Comités Olympiques nationaux ont tendance à sous-estimer les coûts et à multiplier les promesses afin de remporter les Jeux avec, de ce fait, une dérive quasi automatique des budgets. Depuis plusieurs années, le Comité International Olympique veille de plus en plus à étudier la faisabilité budgétaire des projets. Pour les jeux de 2024, le Comité français du sport international (CFSI) a fixé un chiffre de 6,2 milliards d’euros pour le budget prévisionnel.

Selon une étude du cabinet Sport+Markt, les Jeux olympiques auraient, depuis 1980, rapporté plus qu’ils n’ont coûté. 220 millions de dollars de bénéfice pour Los Angeles et Séoul, 10 millions pour Atlanta, et même 145 millions pour Pékin. Le bénéfice le plus important a été atteint par Sydney, en 2000, avec 1,75 milliard de dollars.

Pour certains économistes, un pays organisant une compétition internationale comme une Coupe du Monde pourrait bénéficier d’un surcroit de croissance de 0,2 à 0,3 point de PIB l’année de l’évènement. En prenant en compte la réalisation des infrastructures et les retombées, l’impact pourrait atteindre 0,7 à 0,8 % du PIB.

Selon une étude du cabinet Sport+Markt, les Jeux olympiques auraient, depuis 1980, rapporté plus qu’ils n’ont coûté. 220 millions de dollars de bénéfice pour Los Angeles et Séoul, 10 millions pour Atlanta, et même 145 millions pour Pékin. Le bénéfice le plus important a été atteint par Sydney, en 2000, avec 1,75 milliard de dollars Selon une étude du CDES sur l’impact de l’Euro de football de 2016, les retombées ont été évaluées a minima à 1,3 milliard d’euros. Les dépenses de construction ou de modernisation des infrastructures pour l’Euro 2016 s’élèvent à 1,7 milliard d‘euros. 20 000 emplois ont été créés.

Un bilan économique très difficile à évaluer

Il y a un évident « effet construction » mais qui est éphémère à quoi s’ajoute donc un effet d’éviction pour les touristes l’année des Jeux. En revanche, les Jeux ont un évident effet « image » qui permet justement d’asseoir la notoriété d’une ville et d’un pays. Un évènement sportif à dimension internationale a un effet mobilisateur et fédérateur pour la population concernée. Ce fut le cas en France avec la Coupe du Monde de 1998 en France. Ce fut également le cas en Chine mais aussi à Londres.

Les Jeux contribuent à accélérer la réalisation d’investissements qui étaient de toute façon programmés. Les infrastructures routières et ferroviaires des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville en 1992 étaient prévues mais, maintes fois reportées, pour des raisons budgétaires ou écologiques. Londres a également utilisé les Jeux Olympiques pour remodeler l’est de la ville. Ce réaménagement nécessaire était dans les cartons depuis de nombreuses années.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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