Faible hausse des loyers dans un contexte d’inflation soutenue

Immobilier - Les loyers ont connu une hausse de 0,6 % au second semestre. Cette augmentation limitée est une bonne nouvelle pour les ménages modestes. Sylvain Bersinger, économiste chez Astères, livre son analyse.

Les loyers ont connu une hausse limités à 0,6 % sur un an au deuxième trimestre 2022, soit une progression nettement moins rapide que l’inflation globale. Cette situation — à la différence des Etats-Unis par exemple où la hausse des loyers a été rapide — est bienvenue pour les ménages modestes pour qui les loyers représentent une lourde part des dépenses totales.

L’inflation sur les loyers est environ dix fois plus faible que l’inflation totale. Dans le secteur sociale, la hausse des loyers en encore plus faible.

Source : Asterès

Au deuxième trimestre 2022, les loyers (hors charges pour les résidences principales, louées vides et dont l’usage principal est l’habitation) ont progressé de 0,2 % par rapport au trimestre précédent et de 0,6 % sur un an. Il s’agit d’une hausse près de dix fois inférieure au rythme de l’inflation totale, qui a atteint 5,8 % en glissement annuel en juin.

Les loyers dans le secteur social ont connu une hausse limitée à 0,1 % sur un trimestre et à 0,2 % sur un an. Sur une longue période en revanche, les loyers du secteur social et du secteur libre progressent de façon globalement parallèle.

Une bonne nouvelle pour les ménages modestes

La faible progression des loyers en France (à la différence des Etats-Unis) est une bonne nouvelle pour les ménages modestes. En effet, ce sont ces ménages, qui subissent déjà la hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie, pour lesquels le poids des loyers est le plus élevé dans la consommation totale.

La situation française se distingue du cas des Etats-Unis, où la hausse des loyers était d’environ 7 % en août en glissement annuel. Cette moyenne nationale américaine cache de fortes disparités régionales, certains Etats comme le Texas ont enregistré des hausses de loyers de plus de 12%, tirant l’inflation globale à la hausse.

La modération des loyers en France est une bonne nouvelle pour les ménages modestes. Pour les 10 % des ménages les plus modestes, le loyer (net d’aides aux logements) représente 12 % des dépenses, contre seulement 4 % pour les 10 % des ménages les plus aisés, qui sont pour la plupart propriétaires de leur résidence principale. La modération des loyers est positive pour les ménages modestes, qui sont pénalisés par la flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation, deux postes auxquels les ces ménages consacrent une part relativement plus élevée de leurs revenus.


L’inflation prend en compte les loyers mais pas le prix de vente des logements

L’inflation mesure la variation des prix à la consommation, elle prend donc en compte les loyers (consommation d’un service de logement), qui représentent environ 6,5 % de la pondération de l’IPC (indice des prix à la consommation), mais pas les prix de vente des logements. En effet, l’achat d’un logement est considéré comme un investissement et non comme une consommation car il est possible de le revendre plus tard. Prendre en compte le prix de vente des logements pourrait conduire à des résultats étranges.

Par exemple, lors de la crise immobilière espagnole de 2008, l’effondrement du prix des logements aurait poussé l’inflation à la baisse si leur prix avait été pris en compte dans le calcul de l’inflation. Il en aurait résulté une hausse du pouvoir d’achat (différence entre l’inflation et la variation des revenus disponibles) alors même que le pays était plongé dans une profonde récession et un chômage de masse.

Sylvain Bersinger

Consultant économiste chez Asterès

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