Obligations ESG : vers un essor sans précédent d’ici 2025

Responsabilité sociale - Face aux enjeux climatiques, les émissions d’obligations ESG devraient exploser dans les décennies à venir. Quels sont les enjeux de ce marché ? Quels risques les investisseurs doivent-ils anticiper ? Le point avec Le Courrier Financier.

L’obligataire durable, un secteur en pleine floraison ? Jusqu’ici, les investissements sur critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) étaient plutôt le fait des investisseurs actions. Une révolution silencieuse se profile dans les 5 à 10 ans à venir. D’après une récente étude (en anglais) publiée par Pictet Asset Management (Pictet AM) et l’Institut de la finance internationale (IIF), les émissions d’obligations mondiales ESG pourraient atteindre 4 500 milliards de dollars par an d’ici 2025. Quels sont les ressorts de ce marché ?

Obligations ESG : vers un essor sans précédent d'ici 2025
« Prévisions annuelles des émissions d’obligations ESG entre 2020 et 2025 en billions de dollars »
Source : étude Pictet AM-IIF

Lutter contre le réchauffement climatique

Les obligations vertes financent des projets qui contribuent à la transition écologique. Beaucoup d’investisseurs s’y intéressent : les institutionnels, les gestionnaires d’actifs, les gérants de portefeuilles diversifiés investis dans différentes classes d’actifs, ou encore les particuliers à travers la détention de produits obligataires. A l’heure du réchauffement climatique, la contribution des investisseurs obligataires « apparaît de plus en plus comme une nécessité » selon l’étude Pictet AM-IIF. Rien que pour limiter la hausse des températures, près de 4 000 milliards de dollars d’investissement sont nécessaires chaque année.

Face à l’enjeu climatique, les fonds publics ne seront pas suffisants. « La transition énergétique et la multiplication des objectifs de neutralité carbone annoncés par les gouvernements et les entreprises dans le monde entier nécessitent de lever d’importants montants de capitaux privés », indique Sandra Soyer, gérante crédit de l’équipe Mandats chez Aviva Investors France. « Les obligations d’entreprises représentent environ 50 % de l’univers de la dette verte. Même si la tendance est à la diversification, les institutions financières et les utilities (services aux collectivités) restent les principaux émetteurs de green bonds », ajoute-elle.

Levier de développement pour les émergents

« L’univers actuel, avec la hausse significative des taux de rendement, est propice pour saisir des opportunités d’investissement sur les marchés européens et internationaux », expliquent Olivier Vietti, Gérant de portefeuille obligataire, et Nathalie Beauvir-Rodes, Responsable de l’analyse et de la recherche sur les obligations durables chez Ostrum AM, au Courrier Financier. Les emprunts liés au développement durable vont occuper une place croissante sur les marchés de la dette émergente souveraine et du crédit, anticipe l’étude Pictet AM-IIF. En 2020, le volume d’émissions d’obligations ESG sur les marchés émergents représentait environ 50 milliards de dollars par an. D’ici 2023, il devrait grimper à 360 milliards d’euros.

Des pays émergents, dont la Hongrie, le Chili et l’Égypte, ont émis des obligations vertes, sociales, de durabilité ou liées à la durabilité, afin de profiter de la hausse de la demande. Quand la structure de ces obligations s’avère crédible, il peut y avoir une demande énorme de la part d’investisseurs souhaitant que leur portefeuille ait un impact. « Les obligations des marchés émergents peuvent toujours procurer une précieuse diversification à un portefeuille équilibré. Les obligations en devises locales sont, en particulier, peu corrélées avec les autres classes d’actifs », rappelle Marcin Adamczyk, responsable pour la dette émergente chez NN Investment Partners (NN IP).

Obligations ESG : vers un essor sans précédent d'ici 2025
« Emission d’obligations vertes par pays, sur la période 2015-2021 en milliards de dollars »
Source : étude Pictet AM-IIF

Tout n’est pas rose au pays de l’investissement vert. « Les obligations vertes sont une classe d’actifs relativement récente, en cours de structuration. Il y a eu récemment quelques polémiques qui incitent à la prudence. Par exemple, en janvier 2022 l’aéroport de Hong Kong a levé 4 milliards de dollars dont 1 milliard de dollars via une obligation « verte » pour financer sa troisième piste d’atterrissage. Autre exemple, en 2022 le Qatar prépare une émission d’obligations vertes, qui devrait financer son industrie gazière », prévient Geoffroy Landoeuer, Responsable de la Multigestion et Associé Gérant Obligataire chez Turgot Asset Management, contacté par Le Courrier Financier.

Forte croissance dans les années à venir

Les émissions d’obligations ESG devraient exploser dans les décennies à venir. En 2021, plus de 1 100 milliards de dollars de nouvelles obligations durables ont été placées avec succès, portant la taille du marché obligataire ESG bien au-dessus de 2 000 milliards de dollars. « D’ici 2025, rares seront les portefeuilles dont l’allocation n’accordera pas une place de choix aux investissements verts et ESG. Et à l’horizon 2050 — alors que les Etats et les entreprises du monde entier s’efforceront d’atteindre leurs objectifs de neutralité carbone — nous pourrons véritablement compter sur des marchés obligataires durables », résume Sonja Gibbs, directrice générale et responsable de la finance durable auprès de l’IIF.

La croissance des obligations vertes va suivre le développement de la règlementation en matière de développement durable. « La demande des investisseurs, notamment européens, pour les actifs ESG va rester solide, soutenue entre autres par la règlementation SFDR. De nouveaux émetteurs devraient arriver sur le marché, dont les entreprises qui vont devoir répondre aux exigences CSRD. Nous devrions faire face à un essor des émissions de Sustainability Linked Bonds avec une augmentation de près de 140 % de ces émissions à 250 milliards de dollars, même si les obligations vertes vont continuer de représenter la majorité des émissions en 2022 », concluent Olivier Vietti et Nathalie Beauvir-Rodes (Ostrum AM).

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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