LIVRE / « Detox finance » : l’ESG peut-il soigner les drogués de la finance ?

Responsabilité sociale - La finance responsable est à l'honneur cette semaine. L'occasion de relire le livre « Detox finance » publié en août dernier aux éditions Eyrolles. Quels sont les processus toxiques à l'œuvre dans la finance mondiale ? Comment renouveler nos modèles d'investissement pour les rendre plus durables ? Le Courrier Financier vous a préparé une fiche de lecture.

Du 26 septembre au 4 octobre, c’est la semaine de la finance responsable. L’événement est parrainé par le Ministère de la Transtion écologique et le Ministère de l’Économie et des Finances. Partout en France, pouvoirs publics et acteurs du secteur mettent en avant les formes d’investissement qui visent des impacts positifs environnementaux, sociaux et qui prennent en compte les enjeux du développement durable. C’est l’occasion idéale pour relire « Detox finance » (20€) publié le 15 août dernier aux éditions Eyrolles. Jean-Baptiste Bellon et Stéphane Voisin, analystes financiers, y traitent de l’avenir d’une finance « Utile, positive, verte, durable ».

Finance et addiction

Une révolution silencieuse transforme-t-elle le monde de la finance ? Les critères extra-financiers prennent une place de plus en importante dans la gestion de portefeuilles. Pour les deux auteurs de « Detox finance », le processus à l’œuvre s’apparente à une thérapie. Jean-Baptiste Bellon et Stéphane Voisin relèvent le lien entre les « produits toxiques » responsables de la crise de 2008 (l’intoxication de la finance) et la notion d’addiction. L’enjeu de la finance detox consiste à « faire en sorte que le comportement pathologique de l’industrie financière et des marchés ne détourne pas (ou ne nous détourne pas de) notre héritage, c’est-à-dire notre bien commun ».

Le livre se partage en deux parties : la première se consacre au diagnostic, tandis que la seconde s’intéresse aux solutions possibles. Le premier bilan rappelle la célèbre fable de Jean de La Fontaine, Les animaux malades de la peste : « c’est un enseignement de la crise passé inaperçu, si ce n’est sous-silence : tous les modèles bancaires sont frappés, nul n’en ressort indemne ». Les auteurs étudient plusieurs cas emblématiques, comme la banque Dexia en Europe ou encore Lehman Brothers aux Etats-Unis. Il mettent en cause un système opaque, parfois encore d’actualité avec le « shadow banking » et où les « forces de l’abstraction endorment les financiers ».

Vers le triomphe de l’ESG ?

La bonne morale c’est bien, mais les résultats c’est mieux. Seule l’assurance de la performance peut véritablement déclencher la bascule des épargnants vers la finance verte. « Démontrer la résilience financière d’un investissement responsable apparaît comme un préalable indispensable à l’acceptation de la finance detox », soulignent les deux auteurs. Bonne nouvelle ! D’après une récente étude Natixis IM, les placements qui répondent à des crittères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) présentent un potentiel d’alpha certain pour les investisseurs. Toute la délicatesse de l’exercice consiste à concevoir des indicateurs pertinents.

Aucun doute, « il est nécessaire de compléter les méthodes d’intégration par des mesures du risque extra financier distincts des outils standards ». De nombreux gros acteurs du secteur — Amundi, DNCA ou encore Sycomore — ont développé leurs propres modèles d’analyse. Les auteurs replacent cette démarche dans la perspective d’« aligner les flux financiers sur l’objectif de 2° C » en passant par les Green bonds, le marché du crédit-carbone et la valorisation du capital naturel. La quête de sens et d’investissement à impact se décline jusqu’aux fintechs de la finance collaborative. Ce panorama suffira-t-il pour « servir durablement l’intérêt général » ?

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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