Paul-Simon Bénac – Direction générale du Trésor : Label Relance, « une gamme diversifiée de fonds de capital-investissement »

Private Equity - Comment le Label Relance participe-t-il à la démocratisation du Private Equity auprès des épargnants ? Paul-Simon Bénac, porte-parole du Label Relance, répond en exclusivité aux questions du Courrier Financier.

En 2021, le capital-investissement (Private Equity) connaît un essor sans précédent. En Europe, les prises de participation dans le non coté atteignent 754,5 milliards d’euros (+60 %), d’après l’étude annuelle du cabinet Pitchbook publiée le 14 janvier dernier. Les épargnants s’y intéressent de plus en plus, en quête de rendement et d’impact positif sur l’économie. Le Label Relance s’inscrit dans la démocratisation de cette classe d’actifs, en valorisant les placements dans les PME-ETI. Paul-Simon Bénac, Adjoint au chef du bureau « Épargne et marchés financiers » à la Direction générale du Trésor et porte-parole du Label Relance, répond en exclusivité au Courrier Financier.

Le Courrier Financier : Qu’est-ce que le Label Relance ? Quelles démarches faut-il entreprendre pour l’obtenir ?

Paul-Simon Bénac - Direction générale du Trésor : Label Relance, « une gamme diversifiée de fonds de capital-investissement »
Paul-Simon Bénac

Paul-Simon Bénac : Le label Relance distingue les fonds d’investissement qui s’engagent à apporter rapidement des ressources nouvelles et durables aux entreprises françaises, et notamment aux PME et ETI, qu’elles soient cotées ou non. Une société de gestion qui souhaite faire labelliser un de ses fonds doit transmettre un dossier à la Direction générale du Trésor qui vérifie que l’ensemble des conditions sont bien remplies.

Le label doit ainsi favoriser la mobilisation de la surépargne accumulée pendant la crise, avec pour objectif de répondre aux besoins de financement des entreprises françaises.

Le bilan est à ce jour très satisfaisant : avec plus de 210 fonds labellisés, tout épargnant désireux de contribuer à la relance de l’économie française peut désormais identifier rapidement un placement qui correspond à ses besoins et y placer une partie de son épargne, par exemple via son contrat d’assurance vie, son PEA ou son épargne salariale et retraite.

C.F. : Comment le Label Relance contribue-t-il à démocratiser le capital-investissement ?

P.S.B. : En valorisant leur effet très positif sur l’économie française, le label Relance permet de mettre en lumière nombre de placements investis dans des PME et ETI non cotées auxquels les particuliers n’auraient pas naturellement songé pour placer leur épargne.

La très bonne dynamique de labellisation permet par ailleurs de proposer une gamme diversifiée de fonds de capital-investissement aux épargnants, à même de répondre à la diversité de leurs attentes en termes d’implantation territoriale ou même de liquidité. Certains de ces placements, particulièrement innovants, ne nécessitent qu’un investissement minimal de quelques centaines d’euros et sont accessibles par l’assurance vie.

C.F. : Pourquoi encourager les épargnants à investir sur le long terme dans cette classe d’actifs ?

P.S.B. : L’intérêt d’un tel placement est double. D’une part, il est fondamental pour l’économie française, car il permet de répondre aux besoins de financement de PME et d’ETI qui souhaitent investir, se développer et créer des emplois.

Mais il est aussi et surtout dans l’intérêt des épargnants eux-mêmes, compte tenu du rendement de ce type de placement, dans un contexte où l’épargne des particuliers reste insuffisamment diversifiée, et très concentrée sur l’immobilier et des livrets d’épargne réglementée dont la rémunération est aujourd’hui inférieure à l’inflation.

C.F. : Quelle rémunération peuvent-ils en attendre, dans un contexte inflationniste ?

P.S.B. : Il faut toujours être prudent en matière de rémunération, les performances passées ne présageant pas des performances futures. Pour autant, les données historiques témoignent que les performances du capital-investissement et, plus largement, des investissements en actions, sont supérieures à celles de toutes les autres classes d’actifs sur longue période. Rappelons que le rendement moyen du CAC 40, dividendes réinvestis, une fois l’inflation déduite, a représenté près de 7 % par an sur la période 1990-2021.

La remontée actuelle de l’inflation, qu’elle soit temporaire ou plus durable, renforce la pertinence d’un investissement partiel de son épargne dans ce type de placement. Ceci doit répondre à une logique de diversification de son patrimoine et peut permettre, paradoxalement, de protéger la valeur de son patrimoine sur longue période, quand les placements habituellement privilégiés par les Français génèrent aujourd’hui un rendement négatif compte tenu du niveau de l’inflation.

C.F. : Début 2022, combien y a-t-il de fonds Private Equity labellisés Relance ? Quelles sont leurs caractéristiques ?

P.S.B. : A ce jour, 138 fonds de capital-investissement ont obtenu le label Relance, dont 31 ouverts aux investisseurs non professionnels. Certains de ces placements ont un biais technologique marqué pour les biotechs et le digital, ou un ancrage territorial très fort, avec par exemple des fonds dédiés à la Corse ou à la Bretagne. Ils offrent ainsi l’opportunité de soutenir des PME implantées près de chez soi.

D’autres se distinguent des fonds de capital-investissement classiques en donnant la possibilité de retirer son capital investi à échéance mensuelle ou trimestrielle, ce qui est très attractif dès lors que le fait de devoir bloquer son épargne sur dix ans est souvent ce qui freine la démarche d’investissement des particuliers dans ces placements.

C.F. : Face à la crise sanitaire qui se prolonge, quel avenir pour le Label Relance ?

P.S.B. : Le label Relance a naturellement une vocation temporaire, dès lors qu’il vise à accompagner la reprise économique. Nous avions toutefois, dès le lancement du label, le 19 octobre 2020, prévu une période d’octroi du label suffisamment longue compte tenu de l’incertitude sur la durée de la crise sanitaire. Le label continuera donc d’être octroyé aux sociétés de gestion qui en font la demande jusqu’au 31 décembre 2022. La durée d’utilisation du label est de quatre ans.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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