Assurance vie : mars 2020, décollecte par précaution mais sans panique

Patrimoine - En pleine période de confinement, les Français ont limité leur épargne en assurance vie. Faute de consommer, ils ont plutôt privilégié la liquidité et la sécurité des livrets d'épargne. Quel comportement les assurés adopteront-ils dans les mois à venir, notamment en ce qui concerne les unités de compte (UC) ? Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne, partage son analyse.

La crise du coronavirus a entraîné au mois de mars une décollecte de 2,2 milliards d’euros pour l’assurance vie, selon la Fédération Française de l’Assurance. Il s’agit de la première décollecte depuis le mois de décembre 2018. Il faut remonter à décembre 2011 — en pleine crise grecque — pour avoir une collecte nette négative d’une ampleur plus forte (-3,8 milliards d’euros). Compte tenu du contexte anormal, cette décollecte n’est pas illogique.

Pourquoi une telle décollecte ?

Ce résultat est la conséquence du fort recul des cotisations qui sont passées de 11,2 à 9 milliards d’euros de février à mars 2020. Un an auparavant, en mars 2019, les cotisations s’élevaient à 12,3 milliards d’euros. De leur côté, les prestations ont atteint 11,2 milliards d’euros au mois de mars contre 9,7 milliards d’euros en février et 10 milliards d’euros en mars 2019.

L’assurance vie a été victime du confinement. Les épargnants ont été entravés dans leur mouvement, du fait du confinement qui a été appliqué à compter du 17 mars. Durant la deuxième quinzaine du mois de mars, ils n’ont pas eu la possibilité de rencontrer leur assureur, ce qui a limité le nombre d’opérations. La proportion des assurés qui utilisent Internet pour effectuer des arbitrages est plus faible que celle des titulaires du Livret A.

Stupeur et précaution

L’assurance vie ne profite pas de l’envolée du taux d’épargne. Depuis le milieu de mois de mars, de manière subie, les ménages épargnent faute de pouvoir consommer. Le taux d’épargne aurait atteint 27 % du revenu disponible brut contre 15 % en fin d’année dernière, selon l’OFCE. Au-delà des problèmes de déplacement, la violence de la crise sanitaire et économique conduit les épargnants à privilégier les liquidités et la sécurité. Le résultat positif du Livret A en mars — + 2,71 milliards d’euros, soit 3,82 milliards d’euros avec le LDDS — traduit bien cet état d’esprit.

Face au risque de pertes de revenus et en raison d’un niveau élevé d’incertitudes, les ménages renforcent logiquement leur épargne de précaution. Les commerçants, les artisans et les professions libérales — qui sont en moyenne bien équipés en contrats d’assurance vie — ne peuvent plus exercer leur métier, pour un grand nombre d’entre eux. Ils doivent donc faire face à des pertes de revenus. Cette situation explique également la progression des prestations. Certains assurés peuvent avoir besoin de liquidités pour faire face à des échéances incontournables.

Pas d’effet de panique

Si la décollecte de mars est importante, elle ne témoigne pas néanmoins d’un mouvement de panique. Elle est assez logique au regard de la situation. Le montant des versements — certainement réalisés avant le confinement — est correct. La part des unités de compte (UC) dans la collecte brute est de 35 %, contre 45 % en février. Ce résultat n’est pas en soi interprétable du fait du caractère dual du mois de mars.

Est-ce que des assurés ont profité de la chute des cours pour réaliser des bonnes opérations ou ces souscriptions ont-elles été réalisées avant le confinement ? Ce qui est certain, c’est que les assurés ne se sont pas complètement détournés des UC en mars, malgré la crise. La chute des cours des actions est — au regard de la crise — pour le moment maîtrisée. La solidité de la sphère financière a été soulignée, ce qui ne place pas les épargnants dans la même situation qu’en 2008/2009 ou qu’en 2011/2013.

Quid des mois d’avril et de mai ?

Les mois d’avril et de mai seront marqués par le confinement. Avril devrait logiquement se traduire par une forte baisse de la collecte. Pour apprécier le comportement des assurés face à la crise du covid-19, il faudra attendre les résultats de juin et des mois suivants. Les conditions de sortie de la crise sanitaire et de reprise économique seront déterminantes pour l’évolution de la collecte du premier produit de placement financier en France.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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