Thomas Laforêt – ATLAND Voisin : conseils en investissement, « 66 % des Français se tourneraient en priorité vers un CGP »

Patrimoine - D'après une récente étude OpinonWay, près d'un Français sur deux admet avoir une culture financière insuffisante. Pourtant, ils sont avides de conseils en investissement. Comment les CGP peuvent-ils répondre à cette aspiration ? Thomas Laforêt, Directeur de l'expérience client d'ATLAND Voisin, répond en exclusivité au Courrier Financier.

Les Français sont plus fourmis que cigales… Mais en dépit d’une forte appétence pour l’épargne, ils privilégient souvent la sécurité au rendement. Pourtant, les Français sont conscients des limites de leur culture financière. C’est ce qui ressort d’une récente étude OpinionWay « Culture financière et stratégie d’investissement », publiée en octobre 2021 par la société de gestion ATLAND Voisin et la plateforme de crowdfunding Fundimmo. Dans ce contexte, quel rôle les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) peuvent-ils jouer ? Thomas Laforêt, Directeur de l’expérience client d’ATLAND Voisin, répond en exclusivité au Courrier Financier.

Le Courrier Financier : Quel état des lieux pouvons-nous faire de l’éducation financière des Français en 2021 ?

Thomas Laforêt – ATLAND Voisin : « 66 % des Français se tourneraient en priorité vers un CGP pour avoir des conseils d’investissement »
Thomas Laforêt

Thomas Laforêt : Puisqu’on parle d’éducation, je répondrai à la façon d’un conseil de classe : « élève qui a des capacités et de la curiosité. Il reste à consolider les bases avant de passer au niveau supérieur ». Une appréciation qui serait probablement partagée par les intéressés. Un Français sur deux estime que sa culture financière est insuffisante, voire inexistante pour 14 % d’entre eux.

73 % aimeraient que cela soit enseigné à l’école et plus d’un Français sur deux essaye de se former par ses propres moyens. Une situation déjà pointée par la Banque de France, qui œuvre pour passer d’une culture de l’épargne dormante à celle d’une construction de patrimoine. Les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) ou en banque ont ici un rôle clé à jouer.

C.F. : Pourquoi les Français restent-ils autant attachés au Livret A, malgré son faible rendement ?

T.L. : Avec près de 38 milliards d’euros collectés depuis le début de la crise, le Livret A reste une valeur refuge pour les ménages séduits par sa liquidité et la garantie du capital. C’est un produit connu de tous, généralement ouvert à l’occasion d’une naissance, sans véritable recherche de rendement.

L’étude nous apprend d’ailleurs que les Français sous-estiment leurs capacités : un Français sur deux se déclare incapable de placer son argent ailleurs que sur le Livret A — y compris chez les revenus les plus importants. Et 46 % des Français déclarent ne pas savoir qui solliciter pour les conseiller en matière d’investissement. Il y a là un vrai sujet pour les aider à considérer des placements plus adaptés à leurs besoins patrimoniaux.

C.F. : ATLAND Voisin est un spécialiste du placement immobilier collectif. Pourquoi parlez-vous dans votre étude d’une « obsession pour la pierre » du côté des épargnants ?

T.L. : L’engouement des Français pour la « pierre physique » ne date pas d’hier, l’acquisition d’une résidence principale constituant souvent, à juste titre d’ailleurs, la première étape de la construction d’un patrimoine. Par extension, les Français abordent les placements immobiliers sous le prisme de l’achat d’un bien qu’ils loueront. Pourtant, d’autres formes peuvent s’avérer intéressantes.

Les SCPI par exemple, (« pierre papier »), qui concernent environ un million de Français, ou le crowdfunding immobilier qui a collecté plus de 408 millions d’euros au premier semestre. Autre signe de cette perception déformée : selon les répondants, le montant minimum pour investir en immobilier est de 66 000 euros en moyenne. Une somme bien loin de la réalité, avec des placements existants accessibles dès 1 000 euros.

C.F. : Quelles seraient les mesures adéquates pour améliorer l’éducation financière des Français ?

T.L. : 64 % des Français reconnaissent que bénéficier d’une formation dans leurs jeunes années leur aurait été profitable. Depuis 2016, la France s’est dotée d’une stratégie nationale d’éducation économique, budgétaire et financière, pour répondre à cet enjeu. Mais à côté de l’État et de la Banque de France, les acteurs privés de l’épargne ont un rôle à jouer.

En partageant de l’information mais aussi en facilitant la transmission des connaissances des parents aux enfants, à l’image de ce qui se fait avec le Livret A, ouvert par les parents pour leurs enfants. Citons ici un enseignement de l’étude : 66 % des Français débattent épargne et investissement avec leur famille. C’est donc un vrai vecteur. Autre piste d’action, faciliter le passage à l’acte avec des plans de souscriptions programmées.

C.F. : Quelle stratégie mettre en place pour passer d’une épargne dormante à la construction d’un patrimoine ?

T.L. : Première chose : connaître son budget, sa capacité d’épargne, et ses besoins financiers à court, moyen et long terme. Cela prend un peu de temps mais c’est crucial pour la suite ! L’exemple par excellence, préparer sa retraite. Ensuite, vous pouvez créer des « poches ».

Il n’existe pas de règle unique, mais des conseils de bon sens : en premier lieu, quelques milliers d’euros sur un compte courant pour faire face aux aléas ; dans un deuxième temps, un Livret A (évidemment) pour des achats futurs — par exemple, une nouvelle voiture.

Vient alors l’investissement, le financement, etc. C’est là que les conseils d’un professionnel s’avéreront les plus utiles. Mon conseil, commencer petit et y aller progressivement. Sans oublier « la » règle : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Enfin, choisir des acteurs régulés par l’AMF.

C.F. : Comment le conseiller en gestion de patrimoine (CGP) peut-il accompagner cette évolution ?

Les acteurs financiers ont un rôle à jouer, dont les CGP en premier lieu. Et même si le banquier semble indétrônable, 66 % des répondants indiquent qu’ils se tourneraient en priorité vers un CGP pour avoir des conseils d’investissement. Étant aux premières loges des stratégies d’investissement des Français, ils ont une expertise à faire valoir pour accompagner au mieux tous les épargnants, y compris ceux aux revenus moins importants.

Tout l’enjeu réside dans le fait de faire venir les Français jusqu’à eux pour que la gestion de patrimoine devienne l’affaire de tous, et ne soit plus réservée aux investisseurs avertis. C’est aussi le rôle des acteurs privés comme les sociétés de gestion ou les plateformes d’investissement d’accompagner cette diffusion massive de la connaissance financière.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

Voir tous les articles de Mathilde