Romain Rivillon — Lynceus Partners : la remontée des taux annonce « le retour des produits “100 % capital garanti” »

Patrimoine - INTERVIEW EXCLUSIVE — Lynceus Partners est une société indépendante spécialisée dans les placements alternatifs, notamment les produits structurés et la dette privée. Comment se comportent ces produits ? Quelles sont les nouveautés de Lynceus ? Romain Rivillon, Directeur France Lynceus Partners, répond aux questions du Courrier Financier.

Qu’est-ce qu’un produit structuré ?

RR : Un produit structuré est un produit qu’on pourrait qualifier de « tout-terrain ». Nous créons des produits sur mesure à partir de différentes composantes Ce sont des produits adaptés à n’importe quel type d’investisseurs du plus prudent au plus opportuniste sur le marché.

Comment fonctionne cette classe d’actifs ? 

Du point de vue purement financier, un produit structuré est un emboîtement de deux composantes : la composante obligataire et la composante optionnelle. La première est le socle défensif. Avec nos banques partenaires, nous émettons le fameux produit structuré. C’est ce qu’on appelle communément une « obligation zéro coupon » qui correspond à l’obligation de l’émetteur. 

Ensuite, selon les émetteurs [il y a des disparités selon les banques] on va emboîter ce qu’on appelle des options. Cela va constituer le moteur de performance. Nous allons venir « packager » un sous-jacent — par exemple le CAC40 ou l’action LVMH — dans le produit structuré et cela va permettre d’avoir un rendement prédéfini. 

Finalement, ce qu’on appelle un emboîtement va permettre de « jouer » entre le risque que l’investisseur est capable de prendre et le rendement potentiel ou garanti. Le produit structuré présente une sécurité — partielle ou totale — que très peu de classes d’actifs arrivent à produire.

Comment les produits structurés réagissent-ils face à l’inflation ? 

Concernant l’inflation, on a constaté un basculement en mars dernier et au début de la guerre en Ukraine. Quand on parle d’inflation, on parle également de remontée des taux. Ainsi, tous les produits qui ont été émis l’année dernière ou avant mars subissent une remontée des taux. Et, quand il y a remonté des taux, la valorisation des produits tend à décroître en termes de valeur. 

En l’espèce, les valorisations des produits oscillent en-dessous de la valeur initiale de par « l’effet taux ». Vous devez également ajouter l’effet marché — qui est négatif depuis le début de l’année —. Dans les faits, les valorisations sont en baisse, mais cela ne veut pas dire que les sous-jacents se comportent très mal. Par ailleurs, la plupart de nos produits émis en 2021 ont intégré des mécanismes de rappel ou de distribution du rendement même en cas de baisse du marché ce qui représente un atout majeur dans le contexte actuel.

Comment Lynceus Partners donne-t-elle accès à cette classe d’actifs sur sa plateforme ARGO ? 

ARGO, créé il y a cinq ans, est la plateforme technologique de Lynceus. Il s’agit d’un outil de pilotage et de centralisation de tous les produits. ARGO propose également ce qu’on appelle un « multi-pricer » intégré. Cette fonctionnalité permet d’interroger une quinzaine d’émetteurs reliés à notre plateforme — les plus demandés en France — et d’obtenir en quelques minutes les meilleurs prix. 

Dans l’idée, nous offrons à nos clients — conseillers en gestion de patrimoine, family officers, gestionnaires, banquiers privés — une plateforme pour construire le produit sur mesure qu’ils souhaitent réaliser avec nos partenaires. 

L’avantage pour le client est qu’il peut ainsi centraliser tous les produits — conçus avec ou sans Lynceus Partners — sur la plateforme. Nous conservons une longueur d’avance et une V3 sera prochainement disponible avec de nouvelles fonctionnalités [voir plus bas]. 

Dans un environnement incertain, quelle stratégie mettez-vous en place pour optimiser le couple rendement-risque ? 

Plusieurs, mais ce qui est toujours avantageux avec les produits structurés c’est que beaucoup de paramètres sont modulables. Pour nos structureurs, ces remontés des taux sont une bonne nouvelle ! En effet, cela annonce le retour des produits « 100 % capital garanti ». 

Il y a six mois, ces produits s’établissaient sur des périodes de maturité de sept à dix ans souvent pour une clientèle institutionnelle. Aujourd’hui, pour des taux similaires — voire meilleurs — on arrive à créer ces produits sur des périodes inférieures ou égales à deux ans. 

Les rendements sont relativement faibles mais ils demeurent bien meilleurs que les placements traditionnels comme les dépôts à terme ou les fonds en euros. Aussi, les produits structurés gagnent énormément de terrain sur tout ce qui est gestion de trésorerie avec des maturités qui oscillent également entre deux et trois ans. 

De plus, nous sommes dans un environnement très incertain. Structurellement le marché risque d’être très compliqué cette année. Nous intégrons des dégressivités dans les produits et des protections importantes sur le capital. Grâce à cette démarche, nous allons générer de la performance, même en cas de baisse de marché.

Enfin, nous avons remis au goût du jour le crédit en produit structuré. L’idée est de jouer sur une composante crédit uniquement axée sur de l’investment grade. Les spreads sont actuellement très importants sur ce segment, : A titre d’exemple, en janvier, on avait des rendements de 4 et 5 %. Aujourd’hui, on oscille entre 8 et 10 % sur le même produit.

Comment la plateforme ARGO va-t-elle évoluer en 2022 ? Allez-vous ajouter des fonctionnalités à l’application ? 

Alors, pour conserver l’effet de surprise, je vais seulement vous livrer les grandes lignes. Dans cette V3, nous avons d’abord encore amélioré l’ergonomie. Côté reporting, énormément de détails ont été ajustés. Et de nouvelles automatisations des process sont également prévues. 

Aussi, grande nouveauté : l’édition d’une application qui permettra de recevoir les alertes ou de consulter le portefeuille d’un client sur mobile. On a hâte ! La sortie est prévue au second semestre, d’ici à la fin de l’année. 

Quelles sont les perspectives de développement chez Lynceus Partners ? Notamment concernant la dette privée ? 

Melchior de Villeneuve nous a rejoint très récemment. Il est en charge du développement sur cette classe d’actifs. Les remontées terrain — surtout côté Family Officers et CGP — démontrent qu’il y a une réelle demande d’alternatives aux placements classiques. La dette privée est très regardée. Nous en reparlerons au dernier trimestre 2022, mais les équipes se renforcent et de très beaux projets sont en cours. 

Mathilde Ledroit

Journaliste

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