Livret A : face à l’inflation, les Français doivent diversifier leur épargne

Patrimoine - A partir du 1er février prochain, le taux du Livret A passera à 1 %. Cette rémunération restera toutefois inférieure à l'inflation en 2022. Comment les Français peuvent-ils adapter leur stratégie d'épargne ? Le point avec Le Courrier Financier.

L’inflation galopante fait sauter tous les plafonds. Ce vendredi 14 janvier, Bruno Le Maire a annoncé que le taux du Livret A passera de 0,5 % actuellement à 1 % dès le 1er février 2022. Le ministre de l’Economie suit ainsi les recommandation de la Banque de France, qui suggérait d’aller au-delà de l’actuelle formule de calcul adoptée en 2017. Son application mécanique aurait abouti à un taux de 0,8 %. Insuffisant au regard des « circonstances exceptionnelles » de la crise sanitaire, assure la Banque de France. Face à l’inflation, le chiffre rond de 1 % devrait « mieux assurer la rémunération des détenteurs du livret A ».

D’après l’Observatoire de l’épargne réglementée 2020, les Français détenaient 55,7 millions de Livret A au 31 décembre 2020. Ce chiffre comprend 54,9 millions détenus par des personnes physiques, le reste par des personnes morales. Plus de huit Français sur dix détiennent donc un Livret A. Ces supports pesaient 343,4 milliards d’euros d’encours en novembre 2021, rapporte la Caisse des dépôts et consignations. Le Livret A reste le produit d’épargne le plus diffusé en France, même si son encours reste inférieur à celui de l’assurance vie (non-plafonnée). Fin novembre 2021, l’assurance vie atteignaient 1 861 milliards d’euros d’encours.

Quel impact pour les Français ?

« L’opération est symbolique mais elle parle à tous, car la plupart des Français l’utilisent pour leurs économies. L’encours moyen d’un Livret A est de 5 500 euros. La hausse du taux va donc rapporter à chaque détenteur 27,5 euros en moyenne par an. Elle sera de 115 euros pour les livrets pleins (22 950 euros). Voilà des montants qui sont bons à prendre, mais qui ne vont pas changer la donne. Pour l’Etat cela représente en revanche un effort important de plus de 2 milliards d’euros par an pour tous les livrets », explique Philippe de Gouville, CEO et cofondateur d’Ismo, contacté par Le Courrier Financier.

« Le Livret A est un produit d’épargne qui plaît par sa simplicité d’usage et de compréhension. C’est un très bon moyen pour gérer ses liquidités comme une tirelire. Il est également sécurisé avec un capital garanti, ce qui colle plutôt bien à la peau des Français, globalement frileux dans ce domaine. C’est un produit d’épargne liquide, c’est-à-dire disponible à tout moment en plus d’être non fiscalisé. Enfin, ce produit d’épargne est dans le cœur des Français : ils ont grandi avec depuis de nombreuses années et donc ont du mal à s’en passer », relève Thomas Perret, président et fondateur de Mon Petit Placement, interrogé par Le Courrier Financier.

Diversifier face à l’inflation

L’inflation atteignait +2,8 % sur un an glissant en décembre dernier, d’après l’Insee. Le phénomène pourrait durer jusqu’en juin prochain, avec une inflation au-dessus de 2,5 %. De son côté, la Banque de France espère ramener l’inflation en-dessous de 2 % d’ici la fin de l’année. D’ici là, doubler le taux du Livret A constitue donc « un signe positif du gouvernement envers les ménages, notamment les plus impactés par la hausse des prix de la consommation », reconnaît Thomas Perret. Le produit y gagne en attractivité, mais sans « compenser les effets de l’inflation ni redonner du pouvoir d’achat aux Français ».

Les Français ont intérêt à dynamiser leur épargne, en complétant leurs livrets avec des placements plus risqués mais plus rémunérateurs à long terme. « En 2022, l’inflation restera élevée, et il n’est pas certain que le nouveau gouvernement issu des présidentielles se précipite pour annoncer d’autres hausses », prévient Philippe de Gouville.« Nous recommandons de diversifier ses investissements. Diversifier évidemment dans des placements rentables et dynamiques tels que l’immobilier, l’assurance vie en unités de compte (UC) et pourquoi pas s’essayer à la cryptomonnaie pour ceux qui ont le cœur bien accroché », conseille Thomas Perret.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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