L’épargne digitale : quelles opportunités pour le conseil en gestion de patrimoine ? [ETUDE]

Patrimoine - Quel potentiel de développement pour l'épargne digitale ? Comment les CGP peuvent-ils s'emparer de ce sujet ? Le point sur les résultats de la dernière étude OpinionWay, présentée ce mercredi 7 juillet par Amplegest et Insight AM.

L’épargne digitale, bientôt un bolide de course ? Ce mercredi 7 juillet, la société de gestion Amplegest (en cours de rachat par le Groupe Cyrus), Spirica (filiale du Crédit Agricole Assurances) et le cabinet spécialisé Insight AM reçoivent la presse à l’Automobile Club de France, place de la Concorde à Paris. Veste et cravate obligatoires pour ces messieurs, qui ont choisi ce cadre historique d’exception pour parler d’avenir. D’après leur dernière étude, réalisée avec OpinionWay, près de 60 % des épargnants qui disposent de plus de 50 000 euros sont prêts à opter pour un placement digital. Que retenir de l’appétence des Français pour l’épargne digitale ?

L’enquête a été menée en mai 2021 auprès d’un panel de 1 040 personnes, représentatif de la population française de 18 ans et plus (méthode des quotas). Tous les sondés disposaient d’une assurance-vie, d’un PEA ou d’un compte-titres et/ou plus de 10 000 euros d’épargne. Dans leur présentation des résultats, Amplegest et Insight AM mettent l’accent sur les « épargnants patrimoniaux », c’est-à-dire les Français qui ont déjà investi au moins 80 000 euros… souvent avec l’aide d’un conseiller. S’ils se représentent aujourd’hui qu’une « partie faible des épargnants », les potentialités du marché sont immenses — notamment chez les 25-34 ans.

Source : étude « Regard des épargnants sur l’épargne digitale
et sur ses potentialités de développement »

Les 25-34 ans, cible spécifique

Les 25-34 ans présentent une appétence marquée pour le digital. Dans cette tranche d’âge, près d’un épargnant sur deux (49 %) se dit prêt à placer « une part significative » — c’est-à-dire 30 % et plus — de son épargne longue auprès de prestataires en ligne. Consultation, transaction ou souscription… cette génération veut tout faire depuis son smartphone (26 %). En quête de conseil, elle est aussi demandeuse de simulateurs de rendement (32 %). « Le digital est à la fois un formidable outil d’éducation financière et une réponse aux besoins croissants de conseils des épargnants peu formés », commente Arnaud de Langautier, Président d’Amplegest.

Autre marqueur générationnel, les 25-34 ans veulent accéder à des produits de finance responsable (24 %). Une aspiration tout à fait dans l’air du temps… et qui arrive à fond les pistons par la porte réglementaire. En 2020, l’arrivée de la taxonomie européenne et des mesures d’impact pour les entreprises cotées bouleversent l’univers de la gestion. « Depuis environ deux ans, c’est devenu un « must have » dans l’offre de placement. Ceux qui refusent de faire de l’ESG ou de la finance durable devront mettre la clé sous la porte… ou racheter un acteur plus petit qui a déjà fait sa transition », nous confirme Alain Ferry, Directeur du développement chez Amplegest.

Les limites du tout digital

Pour la majorité des épargnants tous âges confondus, le digital se distingue des réseaux de distribution traditionnels grâce à ses prix de prestations plus faibles (53 %) et à son accessibilité à tout moment (49 %). Toutefois, « le modèle de l’épargne digitale n’est pas encore stabilisé », tempère Arnaud de Langautier. Il y a un sillon à creuser, mais certainement pas du côté du tout digital. La dématérialisation limite les contacts physiques, pourtant 50 % des épargnants réclament la possibilité d’un rendez-vous personnalisé — physique ou virtuel — avec un conseiller. A part les 25-34 ans, peu de clients se laissent séduire par la présence d’un robot conversationnel.

« Aujourd’hui, le phygital doit céder le pas au digisique » s’amuse Arnaud de Langautier. Ce n’est plus le physique qui mène au digital, mais le digital qui ramène au contact direct. Plusieurs facteurs expliquent cet aller-retour. Depuis les années 2000, les banques en ligne ont bouleversé le secteur. La France a perdu plus de 3 700 agences bancaires en 10 ans, d’après une récente étude Infostat Marketing pour Moneyvox. Toutefois, comment créer une relation de confiance durable sans contact direct ? Le taux de satisfaction des agences physiques (43 %) dépasse encore largement celui des plateformes (26 %) ou des banques en ligne (20 %).

Source : étude « Regard des épargnants sur l’épargne digitale et sur ses potentialités de développement »
Source : étude « Regard des épargnants sur l’épargne digitale
et sur ses potentialités de développement »
L'épargne digitale : quelles opportunités pour le conseil en gestion de patrimoine ?
Source : étude « Regard des épargnants sur l’épargne digitale
et sur ses potentialités de développement »

Une voie royale pour les CGP

L’épargne digitale recèle des potentialités de développement énorme… En particulier dans le contexte d’épargne actuel, très atypique. D’après les statistiques de la Banque de France, les ménages sur-épargneraient à hauteur de 100 milliards d’euros au T4 2020 — soit 4 % du PIB. Et selon l’étude, 60 % de ceux qui disposent aujourd’hui de 50 000 euros seraient prêts à placer une part de leur épargne longue auprès d’acteurs digitaux. Cette proportion d’aspirant à l’épargne digitale atteint même 70 % parmi les épargnants qui ont dégagé un surcroît d’épargne de 20 % pendant la crise sanitaire au rythme des restrictions, faute de pouvoir consommer.

Dans le monde des conseillers en gestion de patrimoine (CGP), cette fameuse « épargne Covid » attire tous les regards. « Paradoxalement, notre étude montre l’importance du conseil humain dans la souscription d’un produit d’épargne digitale. Les CGP ont un boulevard devant eux », explique Alain Ferry au Courrier Financier. La digitalisation de l’épargne, une bonne nouvelle ? « La massification du conseil ne peut qu’emprunter le chemin de la digitalisation. Les modèles DtoC, axés sur la prestation de conseil, pourraient constituer des alternatives potentielles et crédibles aux filières de distribution actuelles », renchérit Pascal Koenig, Président d’Insight AM.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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