Crise sanitaire : l’épargne des Français atteint 160 milliards d’euros d’après l’OFCE

Patrimoine - Ce mercredi 14 avril 2021, l'OFCE publie ses perspectives 2021-2022 sur la conjoncture économique mondiale. Quel bilan pour la France après un an de crise sanitaire ? Comment la consommation de l'épargne-Covid peut-elle contribuer à la relance ? Le point avec Le Courrier Financier.

Si vous voulez participer à l’effort de guerre, consommez ! Ce mercredi 14 avril, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publie ses Perspectives économiques 2021-2022. Dans ce document, le Centre de recherche en économie de Sciences Po présente ses prévisions de croissance « sous l’hypothèse que la progression de l’immunité collective permettra une levée significative des contraintes » à l’échelle mondiale dès l’été prochain. La croissance française devrait ainsi atteindre +5 % en 2021. Mais à quelles conditions ? D’après les économistes, la clé du rebond en 2022 réside dans le ré-emploi de « l’épargne-Covid » accumulée par les ménages.

Le spectre de l’inflation

Circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. En 2020, le PIB français s’est contracté de 8,3 % d’après l’INSEE — contre 3,4 % à l’échelle mondiale, rappelle l’OFCE. Face à ce recul de l’activité, les pays développés ont eu massivement recours aux mesures d’aides. Dans les pays européens, le recours au chômage partiel a permis de « limiter l’impact du choc sur le taux de chômage et de compenser les pertes de revenu du travail des salariés et aussi parfois des travailleurs non-salariés ». Selon les chiffres de la Dares, l’activité partielle aurait déjà coûté 27,1 milliards d’euros à la France en 2020. En décembre dernier, elle concernait 2,4 millions de salariés.

L’OFCE estime que l’activité n’aura pas retrouvé son niveau pré-crise fin 2021. En nous appuyant sur le calendrier sanitaire du Gouvernement, la France devrait connaître un retour progressif à la normale. Fin 2021, le niveau d’activité resterait toutefois inférieur de 1 % à son niveau observé au quatrième trimestre 2019. Les politiques budgétaires « quoi qu’il en coûte » ont déjà coûté 3,1 points de PIB à l’Hexagone pour l’année 2020. L’OFCE s’inquiète d’une « forte dégradation des soldes budgétaires en 2020 qui ont atteint des niveaux rarement observés en temps de paix ». La hausse de la dette publique entraînera-t-elle un dérapage de l’inflation ?

Crise sanitaire : les Français ont épargné 160 milliards d'euros d'après l'OFCE

Enjeu macro de l’épargne-Covid

Les taux d’intérêt ne se sont cependant pas envolés, « notamment parce que les banques centrales ont amplifié leur politique d’achats d’actifs mais aussi du fait de l’augmentation de l’épargne privée » souligne l’OFCE. En France, les ménages ont accumulé un surcroît d’épargne pendant la crise sanitaire — et auront ainsi mis de côté environ 160 milliards d’euros en 2020 et 2021. Il ne faut pas y voir le seul effet des mesures « prophylactiques » de l’Etat. L’incertitude engendrée par une situation inédite sur le plan sanitaire, économique et social a poussé les Français vers l’épargne de précaution — ce qu’illustre parfaitement la collecte du Livret A en 2020.

Les Français devraient cependant consommer une partie de ce « patrimoine excessif » à partir du mois de mai 2021 — à savoir dès que les restrictions du troisième confinement prendront fin. Mais la véritable inconnue de l’équation de la relance reste la façon dont les Français dépenseront leur épargne-Covid en 2022. Dans un premier scénario, l’OFCE envisage 20 % de « désépargne », hors épargne de précaution. La croissance du PIB serait alors de 6 % en 2022 et le taux de chômage se stabiliserait à 8,7 % de la population active. Le déficit public atteindrait 4,6 % et la dette publique se réduirait à 115 % du PIB en 2022 (après 118 % en 2021).

Crise sanitaire : les Français ont épargné 160 milliards d'euros d'après l'OFCE

Dans un deuxième scénario, l’OFCE envisage « un comportement ricardien des ménages, l’épargne accumulée pendant la crise étant thésaurisée pour faire face à une hausse potentielle d’impôts futurs pour éponger la dette Covid. Le taux d’épargne reviendrait fin 2022 à son niveau pré-Covid ». La croissance du PIB serait alors de 4,3 % en 2022 et le taux de chômage en moyenne de 9,4 %. Le déficit public monterait à 5,4 % et la dette publique « se réduirait peu », à 117 %. De quoi quantifier « l’enjeu macroéconomique de l’épargne-Covid ». L’anticipation des ménages — impôts, dépenses, etc. — restera « centrale pour la croissance future ».

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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