Assurance vie : Crédit Mutuel Arkéa recapitalise sa filiale Suravenir

Patrimoine - Cette semaine, Crédit Mutuel Arkéa a confirmé par voie de presse une opération de recapitalisation de sa filiale en assurance vie Suravenir. Une opération délicate, à l'heure où Arkéa cherche à prendre son indépendance vis-à-vis de Crédit Mutuel. Tour d'horizon avec Le Courrier Financier.

C’est le gros dossier du moment dans le monde de l’épargne et de l’assurance vie. D’après une information révélée ce mercredi 9 octobre par nos confrères des Echos, Crédit Mutuel Arkéa a versé 540 M€ pour la recapitalisation de sa filiale Suravenir. C’est un montant supérieur au bénéfice net d’Arkéa pour 2018, qui se chiffre à 437 M€. D’après l’AFP, cette opération aurait été décidée le 16 septembre dernier, au cours d’un conseil d’administration exceptionnel. Cette décision pèse lourd, à l’heure où Arkéa cherche à se détacher de Crédit Mutuel.

C’est la conséquence d’un environnement de taux bas, qui se conjugue avec l’impact de Solvabilité II. Depuis le 1er janvier 2016, cette réglementation s’applique à toutes les compagnies d’assurance vie présentes dans l’Union européenne (UE). Le groupe bancaire breton — basé au Relecq-Kerhuon près de Brest — se veut toutefois rassurant. « L’évolution défavorable des ratios prudentiels ne remet pas en cause la robustesse et la santé économique de Suravenir, qui dégage une rentabilité élevée », assure Arkéa. Son ratio de solvabilité atteignait 17,5 % le 30 juin dernier, l’un des plus élevés de la place.

Taux négatifs et fonds en euros

L’opération peut également passer pour une mesure de précaution, qui permet à Arkéa de renforcer ses fonds propres. Pour rappel, les acteurs de l’assurance vie doivent désormais disposer en réserve de la somme nécessaire pour couvrir leurs engagements. Tout va donc pour le mieux… si ce n’est que « la chute des taux dégrade mécaniquement certains calculs », préviennent Les Echos. Depuis juin 2014, la Banque centrale européenne (BCE) impose cette politique monétaire accommodante pour relancer l’inflation et favoriser les plans de relance dans la zone euro. Résultat, tout le secteur financier navigue à vue, en particulier sur les fonds en euros.

En matière d’épargne, les Français aiment la liquidité et la sécurité. L’assurance vie n’échappe pas à la règle. Nos concitoyens préfèrent largement les contrats en fonds euros — garantis en capital — aux unités de compte (UC), qui représentent à peine 21 % de la collecte en août 2019. En période de taux négatifs sur certaines obligations d’Etat, les rendements de ce type de placements chutent drastiquement. Nous sommes passés de 4 % en 2008 à 1,80 % l’an dernier. Résultat, certains assureurs placent désormais des barrières à l’entrée de leurs fonds euros. La filiale française de Generali par exemple compte en fermer deux cet automne.

Vers un futur incertain ?

Dans ce contexte délicat, Suravenir reste une composante stratégique clé du dispositif d’Arkéa. Au 31 décembre 2018, elle revendiquait plus de 40 Mds€ d’encours sous gestion en assurance vie et une collecte brute supérieure à 4,4 Mds€. Suravenir conçoit et gère ses contrats d’assurance vie et de prévoyance. Leur commercialisation repose en revanche sur un important réseau de partenaires distributeurs : réseau bancaire, CGP, courtiers, etc. En soutenant sa filiale, Arkéa risque en revanche de dégrader son propre ratio de solvabilité. Un pari risqué : pour que le régulateur accepte le divorce avec Crédit Mutuel, Arkéa doit conserver son équilibre économique.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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