Quentin Romet – Homunity : crowdfunding immobilier, « la volonté d’investir est toujours là »

Immobilier - Face à la crise du coronavirus, les marchés financiers connaissent une grande volatilité. L’occasion de s’intéresser au crowdfunding immobilier, une nouvelle forme d’investissement décorrélée des marchés. Quentin Romet, cofondateur de la plateforme Homunity, répond à nos questions.

Le crowdfunding est-il devenu un actif refuge en cas de choc boursier ? L’an dernier, le secteur a connu une croissance record (+56 %) portée par l’immobilier. D’après les résultats du Baromètre 2019 du crowdfunding en France, réalisé par le cabinet Mazars et l’association Financement Participatif, « le financement participatif a quitté la phase d’amorçage ». Ce n’est pas Quentin Romet, co-fondateur de la plateforme Homunity, qui nous dira le contraire. « Depuis notre lancement en 2014, nous avons réalisé plus de 200 opérations de financement. Notre rôle consiste à compléter les fonds propres des promoteurs », explique-t-il au Courrier Financier.

Homunity propose aux particuliers de souscrire en ligne à des obligations, afin de financer des programmes immobiliers. L’investisseur dispose d’un espace personnel, où il peut surveiller la progression du projet. La plateforme fournit également un reporting trimestriel complet : photos, avancement du chantier, suivi budgétaire. Homunity affiche un rendement moyen de 9,3 % par opération, mais les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Si le taux de défaut des opérations de crowdfunding immobilier reste bas, il existe néanmoins un risque de perte en capital. Quentin Romet répond en exclusivité à nos questions :

Le Courrier Financier : Quel est l’impact du coronavirus sur votre activité ?

Quentin Romet - Homunity : crowdfunding immobilier, « la volonté d’investir est toujours là »
Quentin Romet

Quentin Romet : Le confinement n’a pas trop d’impact sur l’activité d’Homunity pour le moment. L’investissement dans le crowdfunding immobilier dépend du rythme de la promotion immobilière. Un projet immobilier dure deux à trois ans en moyenne, sa rentabilité peut être décalée dans le temps. Les opérations financées peuvent supporter un à deux mois de confinement sans que cela remette en cause l’équilibre financier d’un projet. Nous comptons une centaine de promoteurs parmi nos clients. Dès l’annonce du confinement le lundi 16 mars, nous avons commencé à les joindre au téléphone.

Dans l’ensemble, ils tiennent un discours très rassurant. Même si le confinement devait durer six à huit semaines, ça ne serait pas un drame pour eux. Ce n’est pas très différent d’un chantier à l’arrêt en hiver à cause du mauvais temps ! Ce genre d’accident arrive souvent dans leur métier, c’est un aléas normal. Ce qui les dérange davantage, c’est la difficulté de joindre les études notariales pour établir les actes authentiques nécessaires aux différentes étapes d’un projet immobilier. Tous les notaires ne sont pas équipés pour réaliser des signatures électroniques. Ce sera sûrement l’un des enseignements de cette crise : moderniser et digitaliser.

C.F. : Comment réagissent les investisseurs sur votre plateforme ?

Q.R. : Malgré le contexte de la crise sanitaire, les investisseurs continuent de placer leur argent. Nos opérations durent en moyenne douze à vingt-quatre mois, avec un rendement de 8 % à 10 %. Le sous-jacent immobilier reste décorrélé des marchés financiers, ce qui contribue à rassurer nos clients. Ils cherchent la stabilité et le rendement. Depuis le début de panique boursière liée au coronavirus, nous avons lancé quatre nouvelles opérations. La volonté d’investir est toujours là. Bien sûr, ce serait très différent si le confinement devait durer six mois : l’économie serait plus gravement touchée. Nous n’en sommes pas encore là.

L’immobilier fonctionne à flux tendu en France : le stock immobilier neuf reste faible par rapport à la demande. Emmanuel Macron le disait lui-même : « Il ne faut pas que les chantiers s’arrêtent ». La continuité de l’activité des chantiers de construction — avec toutes les précautions nécessaires contre l’épidémie — est nécessaire à notre activité. [NDLR : après une semaine de conflit, le gouvernement et le secteur du BTP ont trouvé un accord samedi 21 mars pour la poursuite des chantiers] Selon moi, la vraie question dans les semaines à venir concerne l’attitude des banques. Si les conditions d’accès au crédit bancaire se resserrent pour les particuliers acquéreurs, cela pourrait compliquer leurs achats immobiliers.

CF : Que pensez-vous des mesures destinées à soutenir l’économie ? Comment allez-vous traverser cette période ?

Q.R. : Le gouvernement a réagi rapidement, avec deux mesures saines pour l’économie et l’immobilier. Première bonne décision, la possibilité pour une entreprise de bénéficier du chômage partiel. Cela va soulager les promoteurs et les sociétés de maîtrise d’ouvrage et leur éviter des charges trop élevées. Deuxième bonne décision, le report des loyers. C’est bon pour la trésorerie des entreprises les plus fragiles. Chez Homunity en revanche, nous avons les reins solides. Nous avons connu 180 % de croissance en l’espace de cinq ans. Nous sommes aussi soutenus par notre actionnaire Tikehau Capital, que nous avons rejoint en janvier 2019.

Notre préoccupation principale est de soutenir nos partenaires promoteurs. Nous avons rencontré tous ceux avec qui nous travaillons, afin de leur fournir le meilleur accompagnement possible. Dès le départ, nous réalisons un audit de chaque projet immobilier et de la société qui le porte. Nous soumettons ensuite le dossier aux investisseurs sur la plateforme. Notre rôle consiste à compléter l’apport personnel des promoteurs, dans le cadre d’une demande de prêt bancaire. Aujourd’hui, les banques demandent aux promoteurs de financer 10 % d’un projet sur leurs fonds propres. Nous représentons donc un relais essentiel.

C.F. : Quel conseil donneriez-vous aux investisseurs tentés par le crowdfunding immobilier ?

Q.R. : La diversification doit rester le maître-mot. La crise financière actuelle montre qu’il est dangereux de rester exposé sur un seul support. A lui seul, le CAC 40 a subi une chute de près de 40 % en deux mois ! De mon point de vue, les investissements doivent se répartir en trois catégories : des placements à court terme (à l’image des programmes disponibles sur Homunity) ensuite des poches de liquidités (par exemple en assurance vie) et enfin une partie sur les marchés financiers.

Avant d’investir, il est primordial de connaitre les risques liés à un investissement, ainsi que sa liquidité. Une fois ces deux éléments connus, la diversification s’impose encore une fois… mais sans pour autant surréagir à des situations court-termistes.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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