Jérémie Benmoussa – Fundimmo : crowdfunding immobilier, « un seul conseil, diversifiez l’investissement »

Immobilier - La crise sanitaire n'a pas ralenti la croissance du crowdfunding immobilier en France. Quels sont les risques et les avantages de ce type de placement pour les épargnants ? Pourquoi devient-il un outil digital incontournable pour les promoteurs et marchands de biens ? Jérémie Benmoussa, Président du Directoire de Fundimmo, répond en exclusivité au Courrier Financier.

En 2020, le crowdfunding immobilier a battu tous les records en France. La crise sanitaire n’a pas entamé l’intérêt des investisseurs particuliers. Le 21 janvier, Fundimmo — plateforme française de financement participatif immobilier — publiait la 5e édition de son baromètre sur le crowdfunding immobilier en France. Avec plus d’un demi-milliard d’euros collectés (+ 35 % par rapport à 2019), l’année 2020 représente à elle seule 41 % de la collecte totale depuis 2016. Quelles sont les raisons de ce succès ? Comment investir grâce à ce support ? Jérémie Benmoussa, Président du Directoire de Fundimmo, répond au Courrier Financier.

Le Courrier Financier : Comment expliquer la collecte record de 2020, malgré la crise sanitaire ?

Jérémie Benmoussa - Fundimmo : crowdfunding immobilier, « un seul conseil, diversifiez l’investissement »
Jérémie Benmoussa

Jérémie Benmoussa : L’année 2020 s’est déroulée dans un contexte inédit, mais le crowdfunding immobilier a poursuivi sa croissance : avec 505 millions d’euros collectés, cette année représente à elle-seule 41 % de la collecte totale depuis 2016. Une double explication à cela : d’un côté, les promoteurs et marchands de biens se sont davantage tournés vers ce levier de croissance pour financer rapidement leurs opérations.

Malgré les PGE, le durcissement de l’accès aux crédits bancaires pour le financement des programmes immobiliers explique en grande partie l’intérêt croissant des porteurs de projets. De l’autre, les épargnants ont plus que jamais été au rendez-vous, séduits par un rendement moyen très attractif de 9,3 % par an et ce, sur une courte durée de placement (environ 2 ans) avec un ticket d’entrée à 1 000 euros. 

C.F. : Quel impact la loi PACTE a-t-elle eu sur cette envolée de la collecte ? 

J.B. : Suite au décret de la Loi PACTE publié fin 2019, le plafond de collecte sur les plateformes de crowdfunding est passé de 2,5 à 8 millions d’euros. Cette augmentation du seuil des levées était particulièrement attendue par les acteurs du secteur pour ouvrir la voie aussi bien à des opérateurs de taille plus importante, aux besoins de financement conséquents, qu’à des investisseurs institutionnels et qualifiés.

Preuve de l’impact direct de la Loi PACTE sur la progression du marché : environ 15 % de la collecte globale en 2020 a concerné des projets compris entre 5 et 8 millions d’euros. Par ailleurs, les investisseurs particuliers ont également la possibilité d’investir via leur PEA-PME, permettant au bout de 5 ans de détention d’être exonéré de prélèvement fiscal.

C.F. : A quoi ressemble le « projet moyen » financé par les plateformes de crowdfunding immobilier ?

J.B. : En 2020, le « projet moyen » financé en crowdfunding immobilier était une opération résidentielle de 43 logements en Ile-de-France, représentant un chiffre d’affaires d’environ 11 millions d’euros. Le montant moyen collecté était de 857 329 euros auprès de 177 investisseurs, pour un rendement de 9,3% par an et sur une durée de placement de 21 mois. 

C.F. : Quels sont les avantages de ce support pour le particulier qui veut diversifier son épargne ?

J.B. : Ce produit a déjà fait ses preuves auprès des investisseurs avertis et se démocratise de plus en plus auprès des épargnants désireux de diversifier leur épargne, comme en atteste le milliard d’euros collecté depuis 2016.

Au-delà de la simplicité de souscription, les avantages sont triples : l’accessibilité, avec un ticket minimal d’investissement de 1000 euros, la durée d’investissement court terme compris entre 6 et 48 mois et bien-sûr le rendement très attractif, compris entre 8 % et 10 % bruts selon les projets.

Autre intérêt : l’argent est investi dans l’économie réelle et des projets immobiliers dont les investisseurs peuvent suivre l’évolution et la concrétisation étape par étape. 

C.F. : Quels sont les risques inhérents à ce type de placement ? Comment s’en prémunir ?

J.B. : Le crowdfunding immobilier combine risque mesuré et performance, comme en témoigne le faible taux de défaut de remboursement en 2020 (0,16 %). Pour limiter ces risques, les épargnants doivent se renseigner et comparer les plateformes entre elles pour bien choisir celle sur laquelle investir. Taux, rendements, durée d’investissement, publication des indicateurs de performance, communauté d’investisseurs et volume de projets sont à bien regarder.

Une astuce pour s’assurer de la fiabilité d’une plateforme : si les montants remboursés sont inférieurs à 30 % du total des sommes investies par les particuliers, passez votre chemin. Et s’il faut retenir un seul conseil, c’est diversifier l’investissement : pour diluer les risques, mieux vaut investir 1 000 euros dans 10 projets que 10 000 euros dans un seul.

C.F. : Pourquoi cet outil digital devient-il incontournable pour les promoteurs et les marchands de biens ?

J.B. : La crise sanitaire a fait du crowdfunding immobilier un levier de financement incontournable pour les professionnels. Leurs fonds propres bloqués plus longtemps par le ralentissement de leurs chantiers, la nécessité de trouver des solutions alternatives au financement bancaire s’est imposée.

C’est ici que le crowdfunding immobilier intervient, en permettant aux acteurs de l’immobilier de faire appel à des investisseurs sans les faire entrer au capital de la société de projet, en gardant leur indépendance. Ce mode de financement a séduit 785 opérateurs depuis la création du marché.

C.F. : Comment le crowdfunding immobilier va-t-il poursuivre son développement en France ?

J.B. : La démocratisation du crowdfunding immobilier va d’évidence se poursuivre auprès des particuliers. Investir dans la pierre a toujours été un placement judicieux et contrairement aux idées reçues, il n’est pas besoin d’avoir un CDI ou un apport financier important pour s’orienter vers ce type de placements. Nous estimons enfin que seuls 10 % du potentiel du marché du financement participatif des professionnels de l’immobilier ont été éprouvés à ce jour.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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