Quand les pays d’Europe du Sud deviennent vertueux

Asset Management - Les pays d’Europe du Sud ont été les plus touchés par la crise de 2008 et par celle des dettes souveraines en 2011. Neuf ans après, ils n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant crise. Depuis six ans, à la demande de la Commission, ils mènent un combat pour assainir leurs comptes publics. Malgré des relations souvent orageuses avec les autorités européennes, l’Espagne, l’Italie ou la Grèce sont en voie d’atteindre la barre des 3 % de PIB de déficit public voire de revenir en-dessous.

L’Espagne, le difficile retour à l’équilibre

L’administration espagnole avait promis un déficit à moins de 3 % du PIB dès 2016. Cette promesse n’a pas pu être respectée. Le déficit public s’est élevé à 4,5 % du PIB en 2016 contre 9 % en 2011 et 5,1 % en 2015. L’Espagne a failli écoper de deux milliards d’euros d’amende de la part de la Commission de Bruxelles.

Bénéficiant depuis deux ans d’une forte croissance, et malgré l’absence de gouvernement durant de longs mois, l’Espagne devrait, en 2017, ramener son déficit budgétaire à 3,1 % du PIB. En 2018, il pourrait s’abaisser à 2,2 %.

Cette trajectoire du déficit public n’est pas certaine compte tenu de la persistance des problèmes politiques. Le chef du gouvernement Mariano Rajoy, qui ne dispose pas d’une majorité absolue à la chambre des députés, a présenté son projet de budget pour 2017 avec 9 mois de retard. Il est soumis à une double pression : celle de Bruxelles qui lui demande de respecter ses engagements pour réduire dette et déficit, et celle de l’opposition de gauche qui le pousse à abandonner la politique d’austérité appliquée ces dernières années. Malgré une croissance de plus de 3 %, le gouvernement espagnol est confronté à d’importantes moins-values fiscales en raison de baisses d’impôts plus fortes que prévu.

 

L’Italie, un long chemin de croix 

L’Italie est le pays de l’Union européenne qui enregistre depuis plusieurs années un des plus faibles taux de croissance.

Elle est confrontée à un surendettement public et à un niveau élevé de créances douteuses détenues par les banques. Ajoutés à un vieillissement accéléré de sa population, ces deux problèmes minent la croissance du pays.

En 2016, le produit intérieur brut italien a augmenté de 0,9 % après une hausse de 0,8 % en 2015. L’Italie devrait afficher un taux de croissance de 0,8 % en 2017 et 0,4 % en 2018, après avoir péniblement atteint les 1 % en 2016. Au rythme actuel, l’Italie est en voie de se faire rattraper par l’Espagne en ce qui concerne le PIB par habitant. Si en 2011, le PIB par Italien par habitant était de 27.583 euros contre 22.903 euros pour l’Espagne, soit plus de 4.500 euros de différence, d’après le FMI, l’écart ne sera plus, en 2021, que de 800 euros.

Sur l’ensemble de l’année 2016, le déficit public italien s’est établi à 2,4 % du PIB, contre 2,7 % en 2015, tandis que l’excédent primaire a été de 25,6 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB contre 1,4 % en 2015.

Pour 2017, l’Italie a adopté un budget prévoyant un déficit public à hauteur de 2,3 % du PIB, loin du 1,8 % exigé initialement par Bruxelles. Mais après s’être fait rappeler à l’ordre par la Commission européenne, Rome s’est engagée en février à faire un ajustement budgétaire d’ici fin avril afin de réduire ce chiffre d’au moins 0,2 point, pour porter le déficit à 2,1 %. La Commission européenne exige de Rome un tel effort pour lutter contre son niveau très élevé d’endettement. En 2016, la dette italienne a, en effet, encore augmenté, atteignant 132,6 % du PIB contre 123,3 % en 2012. L’Italie a ainsi la dette la plus élevée au sein de l’Union après celle de la Grèce.

L’État italien est toujours sous la menace de mesures de sanctions de la part de la Commission de Bruxelles même si cette dernière considère que « l’engagement du gouvernement italien va dans la bonne direction (…). L’Italie est en train de faire de grands efforts pour contrôler son déficit public ». Le Président de la Commission a néanmoins récemment indiqué que les Italiens devaient poursuivre et même accélérer l’assainissement de leurs finances publiques afin de sauver l’Union monétaire. Jean-Claude Juncker réclame la mise en œuvre de réformes afin de permettre à l’Italie d’améliorer sa croissance potentielle qui est très faible.

Grèce, la fin de l’enfer se dessine mais n’est pas garantie

Depuis 2009, la Grèce n’aura connu qu’une seule année de croissance, en 2014 avec un gain de 0,8 %. En 2016, certes, aucun recul n’a été constaté, le PIB restant stable. Ce résultat a déçu les experts car une croissance de 0,3 % était attendue. En raison de cette absence récurrente de la croissance, la dette représente toujours 180 % du PIB. Le chômage a légèrement décru, tout en restant très élevé (23 % aujourd’hui, contre 24,4 % à l’automne 2015, selon Eurostat). Au niveau des bonnes nouvelles, il convient de souligner que, dans la douleur, Athènes a dégagé l’an dernier un excédent budgétaire primaire (hors remboursement de la dette) de 3,5 % du PIB, en avance sur le calendrier fixé par les créanciers. Pour mémoire, la France n’a connu qu’une seule année en excédent primaire depuis 1995. Les Grecs subissent toujours le plan d’augmentation des prélèvements obligatoires. Ainsi, la TVA est passée de 19 % à 24 % ; l’impôt foncier et les cotisations sociales ont été relevés ; un impôt sur la téléphonie a été créé. Par ailleurs, les taxes sur le tabac et l’essence ont été relevées. Cet accroissement des impôts a provoqué, en 2016, une augmentation du nombre de faillites d’entreprises. L’économie souffre d’une demande interne atone. Les entreprises éprouvent des difficultés en raison du contrôle des capitaux qui a été institué pour éviter leur fuite au sein des autres pays de l’Union européenne.

Le principal relais de croissance demeure le tourisme qui permet d’améliorer la balance des paiements courants. De plus en plus d’économistes s’inquiètent qu’aucun des plans européens n’ait prévu des mesures pour fortifier l’offre et permettre une reprise de la croissance, la seule à même de générer des recettes pour rembourser la dette.

Le 7 avril dernier, la réunion de l’Eurogroupe à Malte (la réunion des ministres des finances de la zone euro) s’est conclue par un accord entre la Grèce et ses créanciers (Banque centrale européenne, Mécanisme européen de stabilité et Fonds monétaire international). Si le premier ministre grec, Alexis Tsipras, considère que cet accord traduit le « retour de l’espoir » pour son pays, les autorités grecques sont conscientes qu’il impose de nouvelles contraintes pour la population. La Grèce s’est engagée à réduire ses dépenses de 2 % du produit intérieur brut (PIB) entre 2019 et 2020. Plus de 3,6 milliards d’euros d’économie ont été actées. Une 14ème réforme des régimes des retraites a été décidée. Le poids de l’impôt sur le revenu sera accru de 1 point de PIB. En contrepartie de ces efforts, le gouvernement grec sera libre, s’il dépasse ses cibles budgétaires, d’utiliser tout surcroît de recettes pour des mesures de soutien budgétaire, compensant ainsi au moins partiellement l’impact des réformes.

Selon ses prévisions internes, contestées à la fois par Athènes et par la Commission européenne, le FMI estime que la Grèce ne serait pas en mesure de maintenir, après 2018, son niveau d’excédent primaire à 3,5 % du PIB, tel que prévu dans le cadre du plan d’aide de 86 milliards d’euros adopté à l’été 2015, ce qui compromet le redressement des finances publiques. Pour régler ce problème, le FMI propose soit un allégement de la dette publique grecque (mais l’Allemagne y est opposée, d’autant plus que se profile des élections législatives à l’automne 2017), soit la mise en œuvre de nouvelles mesures d’économies, qui prolongent, de fait, la surveillance budgétaire exercée sur la Grèce par ses créanciers bien au-delà du troisième plan d’aide censé se terminer en 2018. Le FMI considère cette deuxième solution délicate à mettre en œuvre au regard des efforts déjà consentis par le peuple grecque.

Cet accord de Malte ne résout donc par l’ensemble des problèmes. La mission technique des créanciers doit encore retourner à Athènes afin de finaliser les détails. Il faudra attendre l’Eurogroupe du 22 mai pour un accord définitif.

Le Fonds monétaire international (FMI) pourrait s’engager plus fortement pour soutenir la Grèce à travers la mise en place d’une contribution d’une durée d’un an. Ce petit programme s’achèvera en même temps que le programme du Mécanisme européen de stabilité (MES), en août 2018. Le FMI tente ainsi d’assouplir la position de l’Eurogroupe qui demande toujours des garanties sur la trajectoire du déficit public et des réformes.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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