Marchés financiers : roulette russe

Asset Management - Tapering, shutdown, inflation... Sur les marchés financiers, le dernier trimestre 2021 pourrait se révéler quelque peu chaotique. Karamo Kaba, Directeur de recherche économique, partage son éclairage.

Tout semble indiquer que le quatrième trimestre, en passe de débuter, va être particulièrement agité sur les marchés financiers. Pendant plusieurs années, les banquiers centraux, à travers le monde, ont fait office d’ « acheteur en dernier ressort » pour assurer le bon fonctionnement des places financières, ce qui a contribué grandement à l’appréciation des indices boursiers et des marchés obligataires.

Fed, le retour du tapering ?

Or, en commençant à préparer les esprits à une fin prochaine de cette bienveillance, la Réserve fédérale (Fed) se doute bien que cette décision sera génératrice de volatilité, en particulier pour les emprunts d’Etat.

D’ailleurs, à peine officialisé le principe d’une prochaine réduction du programme d’achats d’actifs (« Tapering ») dans le communiqué, les rendements des taux américains sont partis fortement à la hausse, notamment sur les échéances à 10 ans (+9 points de base — pbs — à 1,46 %).

Cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle est intervenue au moment où les craintes sur une éventuelle faillite du géant de la promotion immobilière chinoise, Evergrande Real Estate Group, étaient les plus grandes. En temps normal, cette incertitude aurait dû profiter aux actifs les plus sûrs, donc aux emprunts d’Etat américain.

De la croissance et de l’inflation

Il faut dire qu’en affirmant que ce « Tapering » pourrait s’achever au milieu de l’année prochaine, le Président Powell a semblé prendre par surprise les investisseurs en ouvrant la voie à un processus de normalisation qui pourrait être plus rapide qu’anticipé.

Même s’il a exclu une hausse des taux pendant le retrait progressif de la stimulation monétaire, en supposant que le « Tapering » ne débute qu’en novembre 2021 (à raison d’une baisse de 15 milliards de dollars par mois), cela ne laisse plus que 8 mois de répit quand le consensus ne tablait sur des hausses de taux au mieux qu’en 2023.

Désormais, convaincus que la croissance va rester forte (PIB 2021 à +5,9 % et +3,8 % en 2022) et que l’inflation va s’assagir (+4,2 % en 2021 et +2,2 % en 2022), l’analyse des « DOTS » montre que 9 membres sur les 18 du Board de la Fed s’attendent à un relèvement des taux directeurs en 2022 suivi d’autres mouvements en 2023 (3 hausses) et en 2024 (3 hausses).

USA, la roulette russe du Shutdown

Tout ceci devrait logiquement faciliter la remontée des rendements des taux longs américains. A moins que les bisbilles entre républicains et démocrates sur le relèvement du plafond de la dette ne viennent calmer les ardeurs des investisseurs. Le scénario d’une croissance solide jusqu’à la fin de l’année, confirmé par la hausse de l’indicateur avancé du Conference Board (+0,9 point en août), pourrait nettement s’infléchir en cas de non-relèvement du plafond de la dette.

Même si les investisseurs sont habitués à ce genre de « roulette russe » autour de la question du shutdown, il semble que la situation soit cette fois-ci différente. Alors que cette échéance est estimée par le Trésor à la fin du mois d’octobre, les positions entre les deux partis sont difficilement conciliables.

Ainsi, les démocrates s’apprêtent-ils à faire passer près de 3 500 milliards de dollars de dépenses nouvelles en recourant à la « réconcilliation budgétaire », une procédure législative qui les permet de s’affranchir des observations et des voix des élus républicains. La situation en tout cas a interpellé le président de la Fed et six anciens secrétaires au Trésor pour que les parlementaires américains prennent leur responsabilité.

Risque et marché des changes

La perspective d’un éventuel shutdown n’est pas forcément réjouissante pour le dollar. En hausse d’à peine 0,1 % sur la semaine, le taux de change effectif du billet vert aurait dû s’apprécier fortement avec l’incertitude concernant Evergrande, dont la dette (300 milliards de dollars) représente 2 % du PIB de la Chine.

Peut-être que l’avertissement de Jerome Powell pour qui « personne ne devrait partir du principe que la Fed ou qui que ce soit d’autre peut protéger les marchés ou l’économie en cas de défaillance » a pesé sur les esprits des investisseurs. L’euro, quant à lui, a plutôt bien résisté (-0,04 %, à 1,17208 dollar) malgré la baisse de l’indicateur avancé (-2,9 en septembre pour le PMI composite, à 56,1 points) et l’incertitude entourant l’issue des élections en Allemagne.

Selon toute vraisemblance, une période de tractations va s’ouvrir entre les différents partis en vue de constituer le prochain gouvernement. Compte tenu des scores, il semble qu’un attelage tripartite soit le plus probable, une première depuis les années 1950. Le risque est donc grand de voir une certaine paralysie s’installer en Allemagne et en Europe dans les prochains mois.

Karamo Kaba - Ecofi Investissements

Directeur des études économiques

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