Et si l’Autriche devenait anti-européenne ?

Asset Management - À l’Est, les sentiments nationalistes progressent. En Pologne, en Hongrie, en Bulgarie et de manière moins nette en République tchèque ou en Slovaquie, de plus en plus de formations politiques prennent des positions et des décisions contraires à l’esprit de l’Union européenne. L’Autriche, qui est l’un des pays les plus riches de l’Union, est confrontée, depuis de nombreuses années, à un puissant courant nationaliste.

Le 15 octobre prochain se tiendront en Autriche des élections législatives anticipées. La coalition sortante constituée du parti de droite ÖVP (Österreichische Volkspartei) et du parti social-démocrate, SPÖ (Sozialdemokratische Partei Österreichs) pourrait laisser la place à une alliance de l’ÖVP avec le parti d’extrême droite, FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs). En effet, le responsable du parti conservateur ÖPV, Sebastian Kurz, a mis un terme à la coalition en place depuis sept ans. Agé de 31 ans, il pourrait être le prochain chancelier de l’Autriche et devenir ainsi le plus jeune dirigeant d’un des États importants de l’Union européenne.

 

Qui est Sébastien Kurz ? 

Sebastian Kurz a commencé sa carrière politique à 24 ans en devenant secrétaire d’État à l’Intégration. Trois ans plus tard, en 2013, il est nommé ministre des Affaires étrangères, poste qu’il occupe toujours au sein de la grande coalition. Il se fait remarquer par ses prises de position tranchées. Il a ainsi réclamé la fin des négociations concernant l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. En 2015, lors de la crise des réfugiés, il a demandé la fermeture de la route des Balkans. Dans le cadre de la campagne électorale pour les législatives, il a prôné la réduction des aides pour les réfugiés et un durcissement des conditions pour l’immigration. Il a opté pour une personnalisation de la campagne en supprimant toute référence à son parti. Dans les derniers sondages, la liste Kurz obtient 33 % d’opinions favorables, contre 24 % pour le FPÖ et autant pour le SPÖ. Les autres partis, les Verts, la Liste Peter Pilz (verts dissidents) et NEOS (libéraux) sont à un peu plus de 4 %, le seuil fixé pour obtenir un siège à la chambre basse.

Les élections du mois d’octobre pourraient donc permettre au parti FPÖ de revenir au gouvernement dix ans après en être sorti. Entre 1999 et 2007, l’extrême droite avait participé à des coalitions avec le parti conservateur. Cette présence s’était traduite par des dissensions internes et à l’éclatement du parti qui était alors dirigé par Jörg Haider. Depuis 2010, le parti progresse d’élection en élection. En 2016, son candidat pour la présidence de la République, Norbert Hofer, arrive en tête au 1er tour avec 35 % des voix. Il est battu au second tour (un deuxième second tour avait dû être organisé après la constatation d’irrégularités par la Cour constitutionnelle) en recueillant 46 % des voix contre le candidat écologiste, Alexandre van der Bellen. Le FPÖ est anti-européen et demande la sortie de l’Autriche de l’Union européenne. Ses responsables critiquent ouvertement les positions prises par Angela Merkel sur les réfugiés. Le parti est favorable à un rapprochement avec la Hongrie et la Russie.

 

Une situation économique ambivalente

L’Autriche est un des pays les plus riches de l’Union européenne. En 2016, le PIB par habitant était supérieur de 26 % à la moyenne de l’Union. Il était même légèrement supérieur à celui de l’Allemagne. Mais le pays a été fortement touché par la crise de 2008/2009. Sur la période 2009-2015, la croissance moyenne du PIB s’est élevée à 0,6 % à peine, À la fin de 2016, le PIB réel par habitant se trouvait seulement au même niveau qu’en 2008.

Néanmoins, depuis le milieu de l’année 2016, dans le sillage de l’économie allemande, la situation s’est améliorée. Les dépenses de consommation ont bénéficié de la faiblesse des prix de l’énergie, de l’amélioration des conditions du marché du travail. Par ailleurs, le Gouvernement a favorisé la demande intérieure en mettant en œuvre un plan de réduction de l’impôt sur le revenu portant sur 5,2 milliards d’euros, soit 1,3 % du PIB. La croissance de la consommation privée a été de 1,5 % en 2016, après avoir quasiment stagné entre 2012 et 2015. L’investissement est également en augmentation notamment dans le secteur des machines-outils et des équipements de transport. Au début du troisième trimestre 2017, le taux d’utilisation des capacités des entreprises manufacturières s’inscrivait à 86,9 %, niveau inédit depuis la mi- 2008. Depuis le début de 2017, l’activité de construction profite comme dans le reste de l’Europe des faibles taux d’intérêt. La croissance des exportations est repartie à la hausse au début de 2017, avec le redressement de la demande au niveau international. Elle a été de 5 % au cours du premier semestre 2017. Ce surcroît d’activité a permis une décrue du chômage qui s’élevait, au mois de juillet dernier à 5,4 % (source Eurostat). Mais, en prenant d’autres sources et en intégrant les demandeurs d’asile, le taux pourrait atteindre plus de 8 %. À la différence des autres pays de la zone euro, le taux d’inflation est proche de 2 %. En 2016, le déficit public a augmenté tout en restant à un niveau faible. Il est passé de 1,1 à 1,6 % du PIB. Les dépenses publiques sont en hausse en partie en raison de l’arrivée, en 2016, de nombreux réfugiés. De plus, les politiques actives du marché du travail ont été renforcées, entraînant des dépenses supplémentaires.

L’Autriche, pays de montagne, au passé glorieux, a toujours éprouvé des difficultés à s’intégrer pleinement au sein de l’Union européenne. Avec 8,5 millions d’habitants, son économie dépend de ses voisins, Allemagne, République tchèque, Slovaquie, Russie. En première ligne en ce qui concerne l’accueil des réfugiés en provenance des Balkans, de Turquie et du Moyen Orient, une partie des Autrichiens considère que l’Union européenne ne prend pas en compte leurs positions.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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