La hausse attendue des taux de la BCE ne devrait pas accentuer la lente dégradation du climat des affaires

Asset Management - La Banque Centrale Européenne devrait annoncer ce jeudi une hausse de ses taux directeurs. Quel sera l'impact de cette hausse sur le climat des affaires ? Le décryptage de Sylvain Bersinger, économiste chez Asterès.

Le climat des affaires a poursuivi sa lente baisse en juillet, à l’inverse du climat de l’emploi qui ressort en légère progression. La hausse des taux directeurs qui devrait intervenir ce jeudi ne devrait pas modifier la conjoncture, car elle est attendue par les agents économiques.

L’indicateur global du climat des affaires est toujours orienté à la baisse, bien qu’il reste supérieur à sa tendance de long terme. Tous les secteurs sont touchés par la morosité ambiante, à l’exception de l’emploi.

L’amélioration du climat de l’emploi

On pourrait se consoler en constatant que, à 102,9 en juillet, le climat des affaires en France est supérieur à sa moyenne de long terme de 100. Il n’en demeure pas moins qu’il est en baisse constante depuis plusieurs mois : il se situait encore à 112,7 en février et à 105,6 en mai. L’ensemble des secteurs d’activités sont concernés, à des degrés divers, par cette lente dégradation du climat des affaires.

À rebours de la tendance baissière du climat des affaires, le climat de l’emploi s’améliore légèrement en juillet : il atteint 109, contre 107 en juin, soit un niveau nettement supérieur à sa moyenne de long terme. En conséquence, les difficultés de recrutement restent importantes, 67 % des entreprises industrielles déclarent avoir du mal à recruter, un point haut depuis 1991.

Une décision attendue

La BCE va certainement annoncer une hausse des taux ce jeudi, qui ne devrait pas avoir d’impact notable sur la conjoncture puisque cette décision est attendue par les agents économiques. Une remontée forte et durable des taux pour brider l’inflation pourrait cependant peser sur l’activité en 2023.

D’après ses précédentes déclarations, la BCE devrait annoncer une hausse de son taux directeur d’au moins 25 points de base (0,25%), qui sera vraisemblablement suivie par une autre hausse en septembre. Cette hausse de taux, largement attendue par l’ensemble des agents économiques, ne devrait pas avoir de conséquences notables à court terme.

En effet, les taux longs — ceux qui comptent le plus pour l’économie « réelle » — ont déjà augmenté en anticipation de la hausse future des taux directeurs. Par exemple, le taux à 10 ans français, proche de 0 % en début d’année, se situe aux alentours de 2 % depuis juin.

Une hausse forte et durable

Une hausse des taux directeurs forte et durable aurait cependant un effet récessif puissant. L’ampleur de la hausse des taux directeurs de la BCE au cours des prochains trimestres reste inconnue.

Si l’inflation s’avère durable — anticipation par les agents économiques d’une inflation persistante et adaptation des comportements à cette inflation anticipée —, revenir à l’objectif de 2 % d’inflation impliquera une forte hausse des taux. Dans ce cas, le risque de récession ne peut être écarté en 2023, puisque la croissance française se situe déjà aux alentours de 0 %.

Sylvain Bersinger

Consultant économiste chez Asterès

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