Le Chili, le bon élève de l’Amérique latine ?

Asset Management - Le Chili a prévu de renouveler le 19 novembre et le 17 décembre prochain un très grand nombre d’élus. Sont, en effet, prévues les élections d’un nouveau Président, de 155 députés, de 23 sénateurs sur les 50 que compte la Chambre haute et de 278 conseillers régionaux.

L’ancien président Sebastián Piñera et les sénateurs Alejandro Guillier et Beatriz Sanchez sont les principaux candidats à la succession de la présidente sortante Michelle Bachelet qui ne peut pas se représenter (il n’est pas possible d’effectuer deux mandats consécutifs). M. Piñera (centre droit), qui a dirigé le pays entre 2010 et 2014, est en tête dans les sondages. Le candidat du « Pacte Force de Majorité » (centre gauche), le sénateur Alejandro Guillier, arrive en deuxième position.

Sebastian Piñera a été l’unique président de droite depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). Pour la prochaine élection, il est soutenu par une coalition de droite modérée formée par les partis Rénovation nationale (RN, centre droite), Evopoli (Évolution Politique, centre droite) et Régionaliste Indépendant (PRI, centre droite). A ces partis modérés s’est néanmoins associée l’Union démocrate indépendante (UDI qui était rattaché à Pinochet).

Alejandro Guillier est donc le représentant du « Pacte Force de Majorité » qui est actuellement au pouvoir et qui se compose de l’ancienne alliance constituée du Parti socialiste, du parti démocrate, des radicaux socio-démocrates, et du parti communiste. En revanche, la Démocratie Chrétienne qui soutenait la Présidente sortante a décidé de sortir du bloc gouvernemental et de présenter son candidat à l’élection présidentielle. Durant le mandat de Michelle Bachelet, des tensions sont apparues sur la politique économique et sociale à suivre. Le candidat du « Pacte Force de Majorité » est handicap par l’impopularité qui frappe la Présidente sortante. Par ailleurs en octobre 2016, la coalition de centre gauche au pouvoir a connu un échec lors des élections municipales. En outre, les scandales financiers mettant en cause des personnalités de la majorité pourraient peser sur les résultats.

Au Chili, la population est divisée en deux ; une partie se prononce en faveur du libéralisme quand l’autre demande une augmentation de la couverture sociale. Le débat se focalise sur l’accès à l’assurance-maladie et à l’éducation. En effet, si les bénéficiaires d’assurance-maladie privée peuvent accéder à des établissements de soin de qualité, pour ceux qui relèvent de la Sécurité sociale, les listes d’attente sont longues. A la différence de la quasi-totalité des pays de l’OCDE, l’éducation n’est pas gratuite. Pour les familles, la scolarisation des enfants coûte très chère. Dans le cadre de la campagne électorale, le candidat Piñera a promis un accroissement des aides tout en conservant le système privé. Un des problèmes majeurs du Chili reste donc la lutte contre la pauvreté même si des progrès ont été réalisés au cours des vingt dernières années. Le pays se caractérise désormais par l’un des plus bas taux de pauvreté en Amérique Latine tout en restant le pays de l’OCDE le plus inégalitaire.

 

En dépit du ralentissement marqué qui affecte la région depuis 2013, le Chili, membre de l’OCDE depuis 2010, reste une des économies les plus solides d’Amérique Latine

Quatrième économie sud-américaine – derrière le Brésil, l’Argentine et la Colombie – avec un PIB de 247 milliards de dollars (USD) en 2016, le Chili a repris la première place régionale dès 2014 en termes de PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (23 960 USD en 2016).

Entre 2001 et 2014, la croissance économique dynamique a été en moyenne de 4,5 % par an. Fortement touché par la Grande Récession de 2008, le Chili avait réussi à renouer avec la croissance entre 2010 et 2014 (5 % de croissance annuelle moyenne sur la période). Après avoir augmenté en 2015 et 2016 en raison de la dégradation de la situation économique, le taux de chômage s’est stabilisé au deuxième trimestre 2017 à 7 %. L’inflation reste modérée, entre 2,5 et 3 %.

L’économie chilienne dépend du cours des matières premières et par ricochet du cycle économique chinois. De ce fait, depuis 2014, la croissance s’est étiolée, elle n’était que de 2,1 % en 2015 et de 1,6 % en 2016. Pour 2017, elle ne devrait guère se situer entre 1,3 et 1,7 %. Avec la diminution des recettes issues des ventes du cuivre, le déficit budgétaire est en augmentation depuis 2016.

La progression des cours du cuivre qui demeure la principale source de recettes en 2016 (le Chili est le premier producteur mondial en assurant un tiers de la production et 12 la moitié des exportations) devrait bénéficier à l’économie chilienne dans les prochains. En effet, le prix du cuivre s’est apprécié de 1 % en 2016. En 2015, la baisse avait été de plus de 20 %.

En raison de la faiblesse du marché intérieur (18 millions d’habitants), le Chili joue la carte de l’ouverture commerciale. Partisan de la suppression des droits de douane au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, le pays a signé plus de 25 accords de libre-échange avec 65 pays. Cette stratégie vise à réduire les coûts de production en important à bon marché des biens intermédiaires et à positionner le pays comme une plateforme de réexportation dans la région. Du fait de son positionnement géographique, le Chili joue sur deux tableaux, l’Asie – Pacifique et l’Amérique latine. 93,5 % des exportations du Chili sont réalisés avec des partenaires commerciaux liés par des accords commerciaux. Du fait de sa stabilité politique et juridique, le Chili figure avec l’Uruguay parmi les pays les mieux notés d’Amérique latine. Le Brésil, la Chine et les États-Unis sont les principaux clients et fournisseurs du Chili.

 

Fortement dépendant du cuivre, le Chili essaie de se diversifier sa base productive

Le secteur tertiaire (qui assure 63 % du PIB) se développe rapidement avec une spécialisation dans les techniques de l’information et de la communication. (Internet, téléphonie mobile). Le secteur industriel et de l’extraction demeure néanmoins puissant en représentant un tiers du PIB. Le secteur agricole contribue de son côté à près de 4 % du PIB. Environ 9 % de la population travaille dans le secteur agricole, 24 % dans l’industrie et 67 % dans les services. Depuis plusieurs années, le pays joue la carte du tourisme ; en 2016, 5,64 millions de visiteurs étrangers ont été accueillis (+26 % par rapport à 2015). En ce qui concerne l’énergie, le Chili qui est dépendant du pétrole importé a décidé d’investir sur les énergies renouvelables qui devraient assurer 20 % de la production d’ici 2020.

Les trois principaux défis posés à l’économie chilienne sont la sortie de la dépendance traditionnelle de l’économie au cuivre, le développement d’une production alimentaire auto-suffisante (la production agricole actuelle couvre moins de la moitié des besoins du pays) et l’augmentation de la productivité, en particulier dans le secteur minier. Le pays essaie également de diversifier ses clients. Face au Brésil qui se remet à peine d’une longue récession et de l’Argentine dont la stabilité politique et économique est toujours incertaine, le Chili tente, avec l’Uruguay, de s’imposer parmi les pays sérieux au sein d’un continent qui l’a rarement été.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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