Marchés actions : quels risques pour notre système financier ?

Asset Management - Cette semaine, la Banque de France et l'Autorité des marchés financiers (AMF) publient plusieurs documents d'analyse des marchés actions en France. Face aux incertitudes en 2022, les investisseurs particuliers sont-ils trop exposés aux risques ? Le point avec Le Courrier Financier.

Plus vite, plus haut, plus fort – ensemble. La devise des jeux olympiques aurait pu être celle de la bourse ces derniers mois. 2021 a connu une forte reprise économique. Les marchés actions ont atteint des plus hauts historiques. Le CAC 40 a ainsi passé les 7 000 points pour la première fois en décembre dernier. De quoi attirer les Français, d’habitude peu adeptes du boursicotage ? C’est le constat de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui publie ce jeudi 13 janvier sa cinquième édition du tableau de bord des investisseurs particuliers actifs. En 2021, quelques 1,6 millions de Français se sont lancés sur les marchés actions en France (+19 % par rapport à 2020).

La crise sanitaire ne change rien à l’affaire

Au T4 2021, ils étaient 743 000 à passer au moins un ordre d’achat ou de vente sur des actions. Ce chiffre s’inscrit dans le prolongement de la tendance observée aux trimestres précédents — exception faite du T2 2021, dont les volumes ont été gonflés par une offre publique. Parmi ces investisseurs résolus à se frotter aux marchés actions, 217 000 n’avaient jamais tenté leur chance jusqu’ici — ou étaient inactifs depuis janvier 2018. En trois ans, 1,1 million de nouveaux investisseurs particuliers se sont lancés sur les marchés actions en France. Le flux de nouveaux investisseurs s’est désormais stabilisé autour de 50 000 par trimestre.

Au total, les Français étaient 1,6 millions en 2021 à vendre ou acheter des actions en bourse — anciens investisseurs et nouveaux confondus. Ils ont conclu plus de 55 millions de transactions sur l’ensemble de l’année, dont 13 millions au T4 2021. La crise sanitaire n’a pas entamé leur intérêt, bien au contraire : le volume annuel enregistré en 2021 s’avère plus de deux fois supérieur à celui observé en 2018 puis en 2019. Cette étude de l’AMF couvre les transactions réalisées sur des instruments financiers cotés dans l’Union européenne (UE), par des clients de prestataires de services d’investissement établis dans l’Hexagone ou de succursales en France d’établissements européens.

Un risque de retournement de marché ?

Faut-il craindre un choc boursier en 2022 ? Ce mardi 11 janvier, la Banque de France publiait son « Evaluation des risques du système financier français » de décembre 2021. « Un retournement du marché actions, s’il était abrupt, pourrait mettre en difficulté certains acteurs non bancaires, notamment les fonds d’investissement qui ont recours à l’effet de levier », écrit l’institution. Chez les acteurs non bancaires, les fonds alternatifs (Hedge Funds) seraient les plus exposés. Fin 2020, la dette levée par les fonds alternatifs européens se chiffrait à 300 milliards d’euros — principalement liées à des opérations de pension livrée (prêts de titres contre liquidités).

Pour profiter des hausses des valorisations, certains Hedge Funds ont pu prendre des risques excessifs grâce à l’effet de levier. En cas de retour de la volatilité, ils pourraient être « amenés à déboucler rapidement des positions importantes pour limiter leurs pertes ou faire face à des appels de marge ». Le défaut de l’Américain Archegos fin mars 2021 reste un bon exemple. Le fonds avait pris des positions très concentrées sur certaines actions, grâce à l’effet de levier. Quand les cours se sont retournés, Archegos n’a pas pu payer les appels de marge des positions de dérivés. Résultat, deux des banques contreparties ont perdu 7 milliards de dollars.

La transparence, Graal du système financier

Un tel scénario pourrait-il se produire en France, ou même en Europe ? La Banque de France se veut rassurante. « L’utilisation du levier par les fonds d’investissement en Europe est très encadrée, et les OPCVM (dont en particulier les fonds monétaires) ne peuvent utiliser le levier que de manière restreinte », affirme-t-elle. Le système financier français reste néanmoins potentiellement exposé aux fonds étrangers, qui seraient moins régulés et/ou tributaires d’un levier élevé. D’où la nécessité d’une « transparence des expositions et des liens d’interconnexions des acteurs non bancaires à levier avec le reste du système financier ».

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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