Bitcoin : entre volatilité et spéculation

Asset Management - Cette semaine, le bitcoin aura connu sa chute hebdomadaire la plus forte depuis un an. Que se passe-t-il avec la reine des cryptomonnaies ? Quel rapport les Français entretiennent-ils avec cet actif très volatil ?

Les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel, même pour le bitcoin. En l’espace de trois mois, la reine des cryptomonnaies est passée de 20 000 dollars à plus de 58 000 dollars le dimanche 21 février 2021. Cette envolée reflète un intérêt de plus en plus poussé de la part des investisseurs institutionnels. L’intervention d’Elon Musk, qui a investi 1,5 milliards de dollars dans le bitcoin début février, a pesé dans la balance. Dans son sillage, de nombreux particuliers ont aussi acheté des fractions de bitcoins… avant que sa volatilité ne vienne se rappeler à leur bon souvenir. Ce vendredi 26 février dans la matinée, le bitcoin repasse sous les 45 000 dollars.

Une cryptomonnaie très volatile

En quelques jours, le bitcoin a donc connu une chute de – 22 %. Ce plongeon représente sa plus forte chute hebdomadaire depuis près d’un an. Sur les marchés mondiaux, les anticipations croissance et d’inflation poussent les rendements obligataires à la hausse. Les investisseurs se détournent des actifs risqués, qui bénéficiaient de conditions favorables depuis la pandémie. Après les marchés actions, c’est le tour des cryptomonnaies. « Le dollar se renforce, ce qui laisse présager une baisse du bitcoin et de la cryptomonnaie », indique Vijay Ayyar, responsable de l’Asie-Pacifique sur la plateforme Luno à Singapour, dans les colonnes de Bloomberg.

Cette volatilité inquiète. Tout en vantant les vertus des cryptomonnaies, Elon Musk avait concédé samedi dernier : « Ceci dit, le bitcoin et l’ethereum ont l’air haut, MDR [Mort de rire, NDLR] ». Quelques heures plus tard, les deux cryptomonnaies débutaient leur chute. Le bitcoin « est un actif hautement spéculatif (…) Je m’inquiète des pertes potentielles que les investisseurs pourraient subir », a confié Janet Yellen, secrétaire au Trésor américain, ce lundi 22 février dans une interview accordée au New York Times. L’ex-présidente de la Fed a également critiqué l’impact écologique et le rôle du bitcoin dans l’économie illégale.

Un actif assez peu connu…

Faut-il s’inquiéter pour les investisseurs ? Aux Etats-Unis, le gérant d’actifs Blackrock a choisi de normaliser la cryptomonnaie depuis fin janvier. Feux de ses fonds permettent désormais d’acheter des dérivés sur le bitcoin. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) impose un agrément aux sites de produits dérivés sur les cryptomonnaies depuis 2018. Ces sites ont également interdiction de faire de la publicité par voie électronique. Selon une étude exclusive Ifop publiée le 19 février dernier par The Cointribune, seuls 58 % des Français connaissent les cryptomonnaies. Il s’agit surtout de CSP+ (78 %), la catégorie qui a le plus épargné pendant la crise.

Bitcoin : entre volatilité et spéculation
Source : étude Ifop
Bitcoin : entre volatilité et spéculation
Source : étude Ifop

Si 83 % des Français ont déjà entendu parler du bitcoin, seuls 40 % savent exactement de quoi il s’agit. La cryptomonnaie reste encore d’un certain nombre d’idées reçues (voir le graphique ci-dessus). Pour 75 % des connaisseurs de cryptomonnaies, c’est avant tout un phénomène de mode. Cette opinion est en recul (- 8 % par rapport à juin 2019) mais reste très marquée chez les seniors de 65 ans et plus (84 %). Les Français sont peu nombreux à avoir déjà investi dans les cryptomonnaies (17 %). Ils préfèrent d’autres placements refuge traditionnels, comme les métaux précieux (or, argent) qui ont déjà séduit 28 % des Français.

…mais clairement spéculatif

La cause de ce manque d’enthousiasme ? Le manque d’information (80 %), les incertitudes sur les taxes (74 %), le manque d’argent à investir (70 %), ou encore… la hausse trop importante du prix par rapport au moment où l’investissement est envisagé (67 %). Pour les Français, le bitcoin n’est pas un mode de paiement. Selon l’étude, 91 % des acheteurs de cryptomonnaies l’ont fait pour gagner de l’argent à court ou long terme. « Les crypto-monnaies sont aujourd’hui considérées avant tout comme des objets spéculatifs et non comme des véritables monnaies d’échange », confirme Etienne Berthoz, chargé d’étude senior au pôle Corporate de l’Ifop.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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