Pétrole : chutes et rebonds en temps de crise

Actualités - Cette semaine s'est révélée particulièrement agitée sur les marchés pétroliers. Le prix du baril de brut américain a ainsi touché un plus bas historique. Rebond spectaculaire, ou de quoi déstabiliser durablement le secteur ? Le point avec Le Courrier Financier.

Pétrole : chutes et rebonds des marchés en temps de crise

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor – Crédits carte : Statista.com)

Semaine noire pour l’industrie pétrolière. La volatilité des marchés — liée à la crise sanitaire — a provoqué des soubresauts inédits sur les cours du pétrole. Les perspectives de récession mondiale et la quasi-saturation des capacités de stockage aux Etats-Unis ont aggravé le phénomène. D’après les données publiées ce mercredi 22 avril par l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), le Pays de l’Oncle Sam a atteint son plus haut niveau de réserve de pétrole brut depuis 2017. Les importations nettes de brut ont reculé de 197 000 barils par jour la semaine dernière. Le taux d’utilisation des capacités des raffineries a reculé de 1,5 point à 67,6 %.

Une industrie menacée

En plein « Grand Confinement », l’incertitude économique devient la règle. Ce lundi 20 avril, le prix du baril de brut américain (West Texas Intermediate, WTI) est passé pour la première fois de l’histoire en territoire négatif. Le cours du WTI pour livraison en mai 2020 a même fini en baisse 306 % à -37,63 dollars, rapporte Reuters. En d’autres termes, les vendeurs proposaient de payer les acquéreurs pour ce contrat ! De son côté, le baril pour livraison en juin 2020 a reculé de 18 % à 20,43 dollars. Le Brent Mer du Nord à même échéance a fini en baisse de 5,22 % à 29,93 dollars, une évolution qui révèle le déséquilibre entre l’offre et la demande.

« Le monde consomme de moins en moins de pétrole et les producteurs réalisent désormais que cela doit se traduire dans les cours », commente Bjornar Tonhaugen, responsable des marchés pétroliers au cabinet d’études spécialisé Rystad. La baisse des prix depuis janvier dernier pèse sur toute la filière, notamment en Amérique du Nord où les compagnies ont massivement investi dans le pétrole de schiste. Le géant américain des services parapétroliers Halliburton a ainsi annoncé ce lundi une perte d’un milliard de dollars. Le secteur tente de se protéger avec des fermetures de puits et des coupes dans les investissements.

Des marchés échaudés

Dès le lendemain, l’effondrement des courses du pétrole ravivait l’aversion au risque des investisseurs. Les bourses européennes ont marqué un net recul ce mardi 21 avril. Sans surprise, la plus forte baisse sectorielle a été constatée pour le compartiment du pétrole et du gaz. Ce même jour à Paris, Total (- 3,87 %) et TechnipFMC (- 4,82 %) figuraient ainsi parmi les reculs les plus marqués du CAC 40. La situation s’est stabilisée ce mercredi 22 avril, avec le rebond des cours du pétrole. L’espoir de voir les grands pays producteurs réduire encore leur production a nourri ce rebond, de quoi oublier temporairement les craintes liées au coronavirus.

Ce jeudi 23 avril, les investisseurs privilégiaient encore la prudence. Le rebond du pétrole s’est toutefois accéléré au fil des heures. Les cours ont bénéficié des attentes de nouveaux plans de relance des deux côtés de l’Atlantique, de la montée des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran et de l’annonce par le Koweït d’un début de réduction de sa production. En fin de séance, le Brent a gagné 10,06 % à 22,42 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 30,77 % à 18,02 dollars. Dans un contexte déflationniste global, reste à mesurer les conséquences durables de cette onde de choc sur la reprise économique. De nouvelles perspectives post Covid-19 ?

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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