Livre sterling : la devise du Royaume-Uni va-t-elle couler l’économie du pays ?

Actualités - En une semaine, la livre sterling a plongé sur le marché des changes. Que s'est-il passé sur le marché des changes ? Quel a été l'impact de l'intervention de la Banque d'Angleterre (BoE) ?

Livre sterling : la devise du Royaume-Uni va-t-elle couler l'économie du pays ?

Conception Mathilde Hodouin – Réalisation Amandine Victor

Le marché des changes a traversé une semaine de tempête. Lundi 26 septembre, la livre sterling a plongé à un niveau historiquement bas — pour atteindre 1,035 dollar avant de remonter légèrement. En cause, l’inquiétude des cambistes face au plan de relance fiscale du gouvernement de Liz Truss. La Première ministre conservatrice avait prévu une baisse massive d’impôts, afin de combattre les effets d’une inflation à deux chiffres. Selon un rapport KPMG publié le 28 septembre, l’inflation au Royaume-Uni pourrait culminer à 10,5 % en octobre.

Une question de confiance

De quoi peser lourdement sur les finances publiques — à l’heure où le gouvernement entend renforcer son bouclier tarifaire contre les prix de l’énergie. Le déficit britannique devrait ainsi atteindre 8 % du PIB en 2022. Ce mardi 27 septembre, le Fonds monétaire international (FMI) a réagi en critiquant ouvertement la politique fiscale du gouvernement de Liz Truss. L’institution financière internationale a fortement incité Londres à changer de stratégie. L’agence de notation Moody’s s’est fendue d’un communiqué pour évoquer « un choc de confiance marqué ».

« La réévaluation agressive des marchés financiers au cours de la semaine dernière reflète la perception des investisseurs selon laquelle une livre plus faible sera nécessaire pour financer le déficit du compte courant du Royaume-Uni. Cependant, la faiblesse de la livre sterling est également le signe d’un dollar américain très fort cette année, la dépréciation de la livre ayant été plus modérée par rapport à un panier de devises plus large », a résumé Yael Selfin, économiste en chef chez KPMG UK, ce mercredi 28 septembre.

L’explosion du taux d’emprunt

Du côté des marchés financiers, la réaction de panique a été immédiate. En quelques heures, le taux d’emprunt du Royaume-Uni a explosé. Le rendement de la dette britannique à dix ans a grimpé de 3,5  % à plus de 4,6 % en quelques jours. Ce mercredi 28 septembre, la Banque d’Angleterre (BoE) est intervenue en urgence sur les marchés obligataires. Son gouverneur Andrew Bailey a annoncé un plan de rachat des obligations d’Etat, pour un montant de 65 milliards de livres sterling. Ceci afin de « rétablir des conditions de marché normales ».

De guerre lasse, le gouvernement britannique a renoncé ce lundi 3 octobre à son projet de réduire le taux maximal de 45 % de l’impôt sur le revenu — à destination des contribuables dont les revenus annuels excèdent 150 000 livres sterling. « Cela va nous permettre de nous focaliser sur la mise en place des principaux éléments de notre plan de croissance. En premier, le plafond sur les prix de l’énergie […] En deuxième, une baisse des impôts […] En troisième conduire une réforme du côté de l’offre », a twitté Kwasi Kwarteng, chancelier de l’Echiquier.

Après la pluie, le beau temps ? La livre sterling débute la semaine en forte hausse : +1,78 % à 1,1073 dollar, rapporte AOF. Reste à savoir si ce revirement politique suffira pour restaurer durablement la confiance des investisseurs.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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