Inflation : fin du transitoire, la Fed prévoit trois hausses de taux en 2022

Actualités - Cette semaine, les marchés financiers vivent au rythme des réunions des banques centrales. Pendant que la Fed annonce des hausses de taux en 2022 pour combattre l'inflation, la BCE opte pour la stratégie opposée. Pourquoi une telle différence ?

Inflation : fin du transitoire, la Fed prévoit trois hausses taux en 2022

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Le génie est sorti de la bouteille, il sera très difficile de l’y faire rentrer. Ce mercredi 15 décembre, la Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé qu’elle mettrait fin dès mars prochain à ses achats d’obligations sur les marchés. En renonçant au dogme de l’inflation transitoire, la Fed prépare le chemin vers trois hausses d’un quart de point de ses taux d’intérêt d’ici fin 2022. Ces opérations sonneront le glas de la la politique de soutien américaine face à la pandémie de Covid-19, souligne Reuters. Dans ses projections économiques, la Fed prévoit 2,6 % d’inflation l’an prochain contre 2,2 % en septembre derniers.

Atterrissage en douceur

La banque centrale entend faciliter l’atterrissage en douceur de l’économie américaine. L’institution espère un reflux progressif de l’inflation dans les années à venir, avec une économie en croissance régulière et le maintien d’un chômage bas. En 2022, la Fed table sur une baisse du taux de chômage à 3,5 %, un niveau proche du plein emploi. « L’économie n’a plus besoin d’un soutien accru de la politique monétaire. De mon point de vue, nous progressons rapidement vers le plein emploi », a déclaré Jerome Powell, président de la Fed, lors d’une conférence de presse après la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC)

Dans un communiqué publié ce mercredi, la Fed indique que le calendrier des futures remontées des taux d’intérêt dépendra désormais uniquement du marché de l’emploi. L’emploi représente donc la variable qui déterminera la politique monétaire à venir. La Fed constate que la hausse des prix a dépassé son objectif de 2 % depuis « un certain temps ». Avant la remontée des taux, la Fed va doubler la réduction de ses achats de bons du Trésor et de prêts immobiliers titrisés (MBS). Ils tomberont à à 30 milliards de dollars par mois dès janvier. Ces achats représentaient encore 120 milliards de dollars par mois avant l’automne.

Faucons contre colombes

Les marchés n’ont pas tardé à réagir, manifestant un certain soulagement. D’après l’évolution des marchés à terme montre, les traders anticipent désormais une première hausse de taux en mai prochain et deux autres d’ici la fin 2022. « La Fed est faucon mais pas plus qu’anticipé. Elle donne l’impression de vraiment donner la priorité à l’inflation et de se mettre en position de pouvoir relever les taux dans les mois à venir », réagit Gregory Daco, économiste en chef Etats-Unis d’Oxford Economics. Pour l’heure, l’inflation aux Etats-Unis atteint 6,8 % en rythme annuel c’est-à-dire son rythme le plus élevé depuis 1982.

De l’autre côté de l’Atlantique, la Banque centrale européenne (BCE) suit une stratégie différente. Ce jeudi 16 décembre, la BCE a maintenu ses taux directeurs à leur plus bas historique. Le principal taux d’intérêt reste à zéro, tandis que les banques devront assumer un prélèvement de 0,50 % sur les dépôts qu’elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients. En revanche, l’institution européenne s’est décidée à amorcer une « réduction graduelle du rythme de rachat d’actifs » face à la pandémie. Le Programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) prendra fin comme prévu d’ici mars 2022.

Toujours sous la menace du variant Omicron, la zone euro devrait connaître 3,2 % d’inflation en 2022 — en raison de la flambée des prix de l’énergie et des pénuries dans l’industrie. La BCE anticipe toutefois un retour sous les 2 % en 2023, son objectif à moyen terme. Reste à savoir, entre l’Europe et les Etats-Unis, quelle stratégie sera payante. L’Union européenne (UE) fera-t-elle mentir l’adage boursier, « Don’t fight the Fed ! » (Ne combattez pas la Fed) ?

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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