Détroit d’Ormuz : les Etats-Unis et l’Iran jouent à la bataille navale du pétrole

Actualités - Après l'attaque de deux tankers dans le détroit d'Ormuz, le conflit pétrolier entre les Etats-Unis et l'Iran connaît un regain de tension. Quelles répercussions ce risque géopolitique va-t-il avoir sur les marchés financiers ? Dans un contexte de baisse des taux qui affaiblit le dollar, à quoi les investisseurs doivent-ils s'attendre ?

Détroit d'Ormuz : les Etats-Unis et l'Iran jouent à la bataille navale du pétrole

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Le 13 juin dernier, un grave incident s’est produit en mer d’Oman. Deux pétroliers ont été la cible d’attaques près du détroit d’Ormuz. Les équipages des deux navires — battant respectivement pavillon des îles Marshall et du Panama — ont pu être secourus, mais nouvelle a fait flamber les cours du brut. Ils ont terminé en nette hausse sur le marché new-yorkais Nymex, rapporte l’agence Reuters. Washington a aussitôt imputé ces actes à Téhéran, ce qui laisse craindre un regain de tensions dans la région. « Je suis extrêmement préoccupé par la sécurité de nos équipages qui franchissent le détroit d’Ormuz », commente Paolo d’Amico, Président d’Intertanko, fédération de transporteurs pétroliers.

Une zone sous tension permanente

Le détroit d’Ormuz n’est large que de 55 kilomètres pour 60 mètres de profondeur. Cette mince frontière entre l’Iran et le Sultanat d’Oman représente un passage maritime obligé vers le Golfe persique. Un cinquième de la demande mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz. D’après l’agence américaine de l’énergie, 18,5 millions de barils par jour ont transité par ce passage en 2016. Cela représente 30 % du pétrole transporté par voie maritime. « Si les eaux cessent d’être sûres, c’est l’approvisionnement de tout le monde occidental qui est en péril », a ajouté Paolo d’Amico. L’Iran dément être responsable de l’incident. De son côté, l’Arabie Saoudite abonde dans le sens de son allié américain.

La zone subit une tension constante. A la mi-mai 2019, quatre navires de commerce avaient déjà subi des « actes de sabotage » en passant par le détroit. Du point de vue des Etats-Unis, c’est un autre rebondissement dans la bataille qui les oppose à l’Iran pour le commerce du pétrole. « Cette conclusion s’appuie sur des renseignements, sur les armes utilisées, sur le niveau de savoir-faire nécessaire pour mener à bien l’opération, sur les attaques iraniennes analogues et récentes contre la marine marchande, et sur le fait qu’aucune organisation à la solde d’une puissance, dans la région, ne dispose des ressources et de l’efficacité requises pour passer à l’acte avec un tel degré de complexité », a martelé Mike Pompeo.

Quels impacts sur les marchés ?

L’irruption de ce risque géopolitique s’est immédiatement fait sentir sur les marchés financiers. Samedi dernier 15 juin, le cours du pétrole accusaient une hausse de 3,4 %. Par ailleurs, les compagnies d’assurance spécialisées évoquaient une progression d’au moins 10 % des coûts nécessaires pour assurer les cargaisons de navires croisant dans cette région du monde. Les tensions se sont aggravées cette semaine. Ce jeudi 20 juin, les cours du pétrole ont encore terminé à la hausse suite à la destruction par l’Iran d’un drone d’observation américain dans le Golfe. D’après Téhéran, l’appareil se trouvait dans son espace aérien. Washington a démenti, et le président Donald Trump a évoqué une « grave erreur » des militaires iraniens.

Le contrat juillet sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) CLc1 a bondi de 2,89 dollars (soit 5,38 %) à 56,65 dollars le baril après avoir brièvement atteint les 57 dollars durant la séance. De son côté, le Brent LCOc1 s’est adjugé 2,63 dollars (soit 4,25%) à 64,45 dollars. La perspective d’une baisse des taux aux Etats-Unis et l’annonce d’une baisse des stocks américains de brut ce mercredi ont accentué la hausse sur les marchés, précise Reuters. « Il y a une conjugaison d’éléments favorables : le cycle annoncé de baisse des taux va affaiblir le dollar et profiter aux matières premières ; à cela s’ajoutent les tensions avec l’Iran », analyse John Kilduff, Associé chez Again Capital Management à New York.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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