Chine : les données personnelles se changent en or à la bourse

Actualités - Depuis le 25 novembre dernier, la Chine a ouvert une bourse des données personnelles à Shanghaï. Les datas valent de l'or à l'heure du développement de l'économie digitale. De quoi damer le pion aux Américains ?

Chine : les données personnelles se changent en or à la bourse

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Les data valent de l’or. Le 25 novembre dernier, la Chine a ouvert une bourse des données personnelles à Shanghaï. La « Shanghai Data Exchange » (SDE) vise à faciliter l’achat et la vente de bases de données entre entreprises. Ce n’est pas la première institution du genre, puisque Pékin dispose aussi d’une bourse semblable depuis mars dernier. La ville de Shenzhen aura également la sienne à partir de 2022. Dès le premier jour, une vingtaine d’entreprises ont mis leurs données en vente. Parmi elles, figuraient trois opérateurs téléphoniques majeurs, la compagnie aérienne China Eastern Airlines ou encore la fintech J.D. Technology.

Un monopole de l’Etat chinois…

Les données personnelles sont-elles devenues une marchandise comme une autre ? Rien n’est moins sûr. En 2017, le Parti communiste chinois qualifiait déjà les données de « cinquième facteur de production ». A l’ère digitale, les data représentent une ressource stratégique dont Pékin entend s’assurer le monopole. Le 20 août dernier, la Chine s’est dotée d’une loi sur la protection des données personnelles. Les entreprises publiques et privées doivent minimiser leur collecte et obtenir le consentement préalable des citoyens.

Cette règlementation n’affecte pas l’Etat, qui conserve le droit de collecter massivement les données — notamment dans sa lutte contre la dissidence politique ou pour des raisons sécuritaires, comme au Xinjiang. Sur le plan économique, c’est un moyen de mettre au pas les géants chinois de la tech dans le collimateur de Pékin — tels que Didi (VTC) ou Tencent (jeux vidéo). Les entreprises contrevenantes risquent une amende qui peut monter jusqu’à 50 millions de yuans (6,6 millions d’euros) ou 5 % de leur chiffre d’affaires annuel.

…pour détrôner les Américains ?

La loi sur la protection des données personnelles permet à Pékin d’en verrouiller l’accès. La législation chinoise s’inspire du modèle européen, dont le règlement général sur la protection des données (RGPD) — entré en vigueur en 2018 — est l’un des plus strict au monde. Désormais, les informations personnelles des citoyens chinois ne peuvent être partagées qu’avec des pays aux normes équivalentes à la Chine en la matière. Or, les États-Unis ne possèdent aucune loi nationale sur la protection des données. De quoi les écarter durablement de la mine d’or, sachant que la Chine compte aujourd’hui 1 milliard d’internautes.

Depuis quelques années, Pékin fourbit ses armes pour affronter les géants de la Silicon Valley. La première bourse des données personnelles a été créé en 2014 à Guiyang, suivi d’autres initiatives similaires dans le pays. Dans un premier temps, les échanges se sont révélés décevants… Jusqu’à ce que Pékin durcisse sa législation. En 2021, l’une des premières transactions à la SDE concernait l’acquisition de données du réseau électrique de Shanghaï par une banque publique chinoise. Structurer ce marché en interne permet aux Chinois de prendre de l’avance sur le rival américain. Nouvelle guerre commerciale ?

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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