Brésil : Lula remporte l’élection présidentielle

Actualités - Le 30 octobre dernier, Lula (candidat de gauche) a remporté l'élection présidentielle brésilienne contre Jair Bolsonaro, président sortant (extrême-droite). Quelles conséquences pour l'économie du pays ? Quel impact sur les marchés ? Plus de détails avec Le Courrier Financier.

Brésil : Lula remporte l'élection présidentielle

Conception Mathilde Hodouin – Réalisation Amandine Victor

Roulements de tambour, Lula est de retour ! Ce dimanche 30 octobre, Luis Inacio Lula da Silva (Parti des travailleurs) a remporté l’élection présidentielle au Brésil contre le président sortant, Jair Bolsonaro (Parti de la République). Le Tribunal supérieur électoral (TSE) a déclaré que l’élection était « mathématiquement jouée », rapporte Reuters. Lula a obtenu 50,9 % des suffrages validés contre 49,1 % pour son adversaire, après le dépouillement de la totalité des voix. Ouvrier métallurgiste de profession, Lula va donc exercer son troisième mandat à la tête du pays — à compter de sa prochaine investiture, le 1er janvier 2023.

Une élection mouvementée

Cette victoire du candidat de gauche met fin au gouvernement le plus à droite qu’ait connu le pays depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985). La popularité de Jair Bolsonaro, soutenu par une large coalition de droite, a beaucoup souffert de sa gestion de l’épidémie de Covid-19. D’après le site Coronavirus statistiques, publié par l’agence Eficiens, le Brésil enregistre plus de 34,8 millions de cas de Covid-19 pour 688 267 décès à l’heure où nous écrivons cet article. Le triomphe de Lula renforce la « vague rose » politique qui traverse l’Amérique latine, après les victoires récentes de la gauche en Colombie et au Chili.

Ce résultat a entraîné des manifestations dans tout le Brésil. Pendant la campagne, Jair Bolsonaro avait fait état plusieurs fois de soupçons de fraude électorale. L’an dernier, il avait aussi évoqué la possibilité de refuser d’accepter les résultats du scrutin en cas de défaite. Dès dimanche dernier, ses partisans sont descendus dans la rue pour dresser des barrages routiers. Ce mercredi 2 novembre, Jair Bolsonaro a enfin pris la parole pour les inviter à débloquer les routes — tout en évoquant des « manifestations légitimes ». Il a incité ses électeurs à respecter la constitution et annoncé avoir « autorisé » la transition.

Pendant la campagne, Lula a promis le retour de la croissance et des politiques sociales de ses précédents mandats. Entre 2003 et 2021, des mesures comme la Bolsa Família (aide conditionnée à la scolarisation des enfants) et Fome Zero (lutte contre la faim) avaient permis de sortir plusieurs millions de Brésiliens de la pauvreté. Lula s’est aussi engagé contre la déforestation contre le réchauffement climatique. Son parti devra toutefois redorer son image, écornée par une forte récession et par un scandale de corruption qui a conduit Lula en prison pendant 19 mois. L’an dernier, ses condamnations ont été annulées.

Quel impact sur les marchés ?

Le retour — prévu et attendu — de la gauche au pouvoir au Brésil peut-il fragiliser la bourse ? Les investisseurs internationaux n’ont pas de raisons de s’inquiéter. « Nous considérons ce résultat comme favorable au marché, car il devrait entraîner une baisse de la prime de risque politique sur les actifs brésiliens profondément sous-évalués », explique Xavier Hovasse, responsable des actions émergentes chez Carmignac, dans une note publiée ce mardi 1er novembre. Par ailleurs, les élections régionales ont donné une majorité de centre et de droite au Congrès. Il est donc peu probable que Lula revienne sur la privatisation des grandes entreprises.

Les observateurs surveilleront la nomination du ministre des finances, « qui donnera une confirmation définitive de l’orthodoxie des politiques monétaires à venir », souligne Xavier Hovasse. Au niveau macroéconomique, les perspectives sont rassurantes en raison de la hausse des prix des matières premières, y compris agricoles — comme le sucre, le soja, le café et le minerai de fer, dont le Brésil est un des plus gros exportateur mondiaux. Par ailleurs, l’inflation dans le pays est retombée à 7,2 % en septembre, après un pic à 12,1 % en avril. La politique monétaire agressive menée depuis l’an dernier porte ses fruits.

« Chez Carmignac, nous avons été constructifs sur les actions brésiliennes depuis le début de l’année. Suite au résultat des élections, la combinaison d’une diminution du risque politique et d’une dynamique macroéconomique positive favorise un re-rating des actions et de la monnaie brésiliennes bon marché — par rapport à la moyenne historique et même par rapport aux autres grands marchés émergents », ajoute Xavier Hovasse. La société de gestion choisit de maintenir son allocation en actions brésiliennes. Sa préférence va aux entreprises axées sur la demande intérieure et sur les thèmes de croissance à long terme. En somme, « Ordem e progresso »*.

*devise positiviste « Ordre et progrès », qui figure sur le drapeau du Brésil

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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