Après le Covid-19 : vers des transports aériens plus verts ?

Actualités - Cette semaine, l'INSEE publie une note de conjoncture macroéconomique. L'occasion pour le Courrier Financier de revenir sur le plan d'aide du Gouvernement à destination de l'industrie aéronautique française, dévoilé début juin 2020. Comment la crise du Covid-19 va-t-elle accélérer la transition énergétique ?

Après le Covid-19 : vers des transports aériens plus verts ?

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Deux mois jour pour jour après le début du confinement, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publie ce mercredi 17 juin un nouveau point de conjoncture. Quand est-ce que l’économie française reviendra à son niveau d’avant crise ? « Le choc a été très hétérogène selon les secteurs d’activité : pour certains secteurs durement touchés (par exemple, les transports aériens, la production automobile), les cicatrices seront sans doute plus profondes », souligne l’Institut. Dans l’industrie aéronautique française, 100 000 emplois sont menacés à court terme du fait du plongeon du trafic aérien lié à la crise sanitaire.

15 milliards d’euros d’aides

Dans son ensemble, le secteur représente 300 000 emplois et 1 300 entreprises. Il génère 34 milliards d’euros d’excédents commerciaux par an. L’Etat a donc mis 15 milliards d’euros sur la table pour le sauver, rapporte Reuters. Bercy a présenté le 9 juin dernier son plan de relance sectoriel, qui intègre les 7 milliards d’euros déjà accordés à Air France. Ce plan comprend deux nouveaux fonds d’investissement, dédiés au soutien des PME et ETI de la filière. Le premier doit favoriser leur développement. Il sera doté de 500 millions d’euros dès cet été, et atteindra 1 milliard d’euros à terme. Airbus, Safran, Dassault et Thales y apportent 200 millions d’euros.

Le deuxième fonds d’investissement — d’un montant de 300 millions d’euros — sera consacré à la robotisation et à la numérisation du secteur. La France prévoit aussi de recourir à la commande publique, pour plus de 800 millions d’euros. Sur ce montant, 600 millions correspondent à une accélération du calendrier de commandes déjà prévues — ravitailleurs et d’hélicoptères pour l’armée de l’air, matériel pour la gendarmerie et la sécurité civile. Côté trésorerie, un moratoire a été instauré pour permettre aux compagnies aériennes de reporter de 12 mois le remboursement de leurs crédits à l’export (environ 1,5 milliard d’euros).

Dessine-moi un avion vert

La France a aussi proposé à la Commission européenne de porter au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) une proposition afin d’assouplir temporairement les modalités de remboursement des crédits à l’export pour les nouveaux achats d’Airbus. Cette mesure représente au moins 2 milliards d’euros. Le Gouvernement veut une industrie aéronautique « plus compétitive, (…) plus décarbonée », souligne Bruno Le Maire. Tout d’abord, il s’agit de maintenir la position de la France — et de l’Europe, à travers Airbus — face à ses principaux concurrents : l’américain Boeing et le chinois Comac.

A plus long terme, l’Etat souhaite « accélérer la transformation écologique [du secteur aéronautique français] pour en faire un leader mondial de l’aviation zéro carbone ». Le Gouvernement prévoit 1,5 milliard d’euros d’aides publiques d’ici 2022 pour la recherche, précise Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique. Le successeur de l’A320 serait « un avion court et moyen courrier ultrasobre en consommation de carburant ». Il devrait voir le jour au début de la décennie 2030, avec l’objectif de passer à l’hydrogène en 2035. Cet « avion zéro émission » représenterait « une accélération de dix ans par rapport aux objectifs initiaux ».

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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