Patrimoine : les jeunes actifs ont du mal à épargner

Patrimoine - La crise de 2008 et la modification de la structure de l’emploi auraient-elles des conséquences sur la constitution du patrimoine des ménages ? Plusieurs études soulignent que les jeunes actifs éprouvent des difficultés croissantes à épargner.

Par rapport à leurs aînés, ils auraient accumulé plusieurs années de retard dans la constitution de leur patrimoine et cela malgré les faibles taux d’intérêt qui leur permet d’emprunter à moindre coût. Au niveau de l’OCDE, une fraction croissante de la population active est amenée à occuper des emplois peu sophistiqués et à faible rémunération. Les difficultés d’insertion des jeunes actifs se sont, depuis la crise de 2008, accentués dans tous les pays avec comme conséquence une baisse des capacités d’épargne. Du fait d’un revenu insuffisant et instable, les moins de 30 ans sont contraints de reporter leurs investissements dans l’immobilier. La constitution d’une épargne de précaution est plus difficile. Cela signifie qu’une partie de la population n’aura pas de réserve d’épargne en cas de difficulté et est en situation d’avoir une perte de revenus importante au moment de la retraite. Ils risquent de subir une triple peine, la première étant liée aux difficultés présentes, la deuxième au fait que les droits générés dans les systèmes obligatoires de retraite sont plus faibles et la troisième en raison de l’impossibilité de se constituer un volant d’épargne suffisant.

Si en France, les inégalités progressent peu, il en est tout autrement aux États-Unis ou au Royaume-Uni mais aussi au Japon et en Allemagne. Les inégalités de patrimoine par le jeu de l’accumulation et de l’appréciation sont beaucoup plus importantes que celles liées aux revenus. Le retard pris par les jeunes dans la constitution d’un patrimoine diffère d’un pays à un autre. Aux États-Unis, de nombreux jeunes actifs doivent rembourser leurs emprunts étudiants quand en France le problème demeure l’accès au logement. Selon plusieurs enquêtes, le retard pris par les moins de 30 ans serait faible et rattrapable en cas d’amélioration de la conjoncture. Il est évalué à deux ou trois ans. Néanmoins, cette analyse doit prendre en compte la baisse tendancielle du taux de remplacement des pensions qui exige un effort d’épargne supplémentaire. De ce fait, en intégrant une diminution de la couverture publique, le retard est multiplié au sein de l’OCDE par deux.

Aux États-Unis, comme dans les autres pays de l’OCDE, l’effort d’épargne est avant tout concentré chez les 50 % voire chez les 20 % les plus riches. Du fait de la faiblesse de la couverture sociale et de la nécessité de rembourser les emprunts étudiants, il faut souligner que même chez les détenteurs de faibles revenus, une proportion non négligeable de la population épargne et cela de manière plus forte qu’en Europe. En France, le taux d’épargne dépasse la moyenne que pour ceux dont les rémunérations figurent parmi les 20 % les hautes. Aux États-Unis, en 15 ans, le patrimoine des 20 % des Américains ayant les plus faibles revenus a diminué de 33 % quand il augmenté de 91 % pour ceux disposant des 10 % des revenus les plus élevés. En France, tant par effet d’accumulation qu’en raison du processus de valorisation enregistré entre 1990 et maintenant, le patrimoine est avant tout possédé par les plus de 50 ans. Ce sont les 10 % les plus riches en termes de revenus qui concentrent une grande partie du patrimoine. Les ménages français de moins de 30 ans, en 2010, sont moins propriétaire que ceux de 1986, prouvant un problème d’accession à la propriété. Il faut, certes, modérer cette appréciation en prenant en compte l’allongement des études et une appétence à la mobilité plus forte.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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