Le New Deal fiscal d’Emmanuel Macron !

Patrimoine - Emmanuel Macron s’est engagé non pas à révolutionner notre système fiscal mais à déplacer un certain nombre de curseurs. Quelles sont les conséquences possibles de cette politique tant pour les ménages que pour les entreprises ?

La baisse de la fiscalité du capital

Emmanuel Macron a promis d’abaisser, sur 5 ans, le taux de l’impôt sur les sociétés de 33,33 à 25 %. En 2018, le premier allégement portera sur 1 milliard d’euros.

L’impôt sur la fortune sur le patrimoine financier serait supprimé (gain de 3 milliards d’euros. L’introduction d’une taxation forfaitaire à 30% du revenu du capital pour les ménages entraînera un gain d’1,5 milliard d’euros pour les ménages. Le coût du capital pour les entreprises, coût qui est élevé en France devrait être ainsi réduit. Ces mesures permettront d’attirer des capitaux extérieurs et de réorienter une partie de l’épargne des ménages vers les entreprises. A terme, les prix de l’immobilier pourraient moins augmenter du fait de cette réallocation d’actifs. En outre, la pierre, en raison de l’évolution démographique, pourrait mécaniquement baisser en-dehors des villes ou quartiers obéissant à d’autres considérations. Le vieillissement de la population et l’augmentation des décès devraient conduire à une remise sur le marché d’un nombre croissant de logements. En outre, les nouveaux retraités ont tendance à émigrer vers les régions côtières. De ce fait, les prix de l’immobilier dans les grands centres urbains du Nord pourraient durablement diminuer.

L’afflux de capitaux est nécessaire à la France pour équilibrer sa balance des paiements et combler son déficit commercial structurel. Il favorisera la modernisation de notre économie ce qui améliorera sa croissance potentielle. Du fait de la forte taxation des revenus du patrimoine, les entreprises sont contraintes d’offrir des rendements importants. Cette pratique a pour conséquence un moindre investissement mais aussi une moindre augmentation des salaires.

La relance de la demande

La suppression des cotisations sociales chômage et d’assurance-maladie, compensée par une majoration de la CSG, pourrait aboutir à accroître le pouvoir d’achat des actifs de 1,5 %. Cet accroissement suppose que la CSG soit déductible, faute de quoi la suppression des cotisations sociales aura un effet minime pour ceux qui sont assujettis à l’impôt sur le revenu (un peu moins de la moitié des ménages).

Toujours dans un souci d’améliorer le pouvoir d’achat des titulaires de revenus modestes et moyens, le Gouvernement a confirmé la baisse de 9 milliards d’euros sur 3 ans de la taxe d’habitation.

Ces différentes dispositions devraient conduire à une augmentation de la consommation et porté la croissance. Néanmoins, compte tenu de l’incapacité de l’appareil productif à répondre instantanément à une augmentation de la demande, l’opération pourrait conduire à une dégradation du solde de la balance commerciale.

La réduction du coût du travail

La transformation du Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et pour l’Emploi (CICE) en réduction pérenne de charges sociales semble pour le moment abandonnée. En revanche, la promesse de suppression des charges pour les titulaires du SMIC devrait être tenue. La France se caractérise par un niveau élevé de ses charges et par un chômage important pour les actifs sans qualification. Depuis un quart de siècle, les pouvoirs publics mènent des politiques d’allègement de charges sociales ciblés sur les bas salaires. Si les résultats peuvent apparaître décevants, il n’en demeure pas moins qu’aucun gouvernement n’a souhaité modifier cette politique, quelle que soit la majorité en place.

La proposition d’Emmanuel Macron devrait se traduire par une hausse du nombre d’emplois pour les segments du marché du travail en sous-emploi (peu qualifiés). Elle accentuera l’effet chape de plomb sur les salaires et les qualifications. Cette politique n’incite pas les entreprises à monter en gamme et à améliorer le niveau de compétences de leurs salariés.

La politique d’Emmanuel Macron se veut équilibrée en combinant offre et demande. Aux mesures citées ci-dessus, il convient d’ajouter le plan d’investissement présenté le 2 août dernier qui portera sur 50 milliards d’euros. Le risque de ce savant dosage qui vise à éviter des tensions au sein de la population est de se transformer en pointillisme fiscal. Les curseurs sont déplacés mais avec beaucoup de précaution. La non refonte de la grille des cotisations sociales constitue une faiblesse d’autant plus que le transfert de certaines d’entre elles sur la CSG en offrait l’occasion.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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