Le vin 2.0 : une délectation digitale ?

Patrimoine - Visiter les caves des vignerons, assister à des dégustations ou encore passer chez son caviste favori recueillir des conseils, seront peut-être bientôt des activités révolues. En 2016, le vin s'apprécie, se note et s'achète sur Internet. Une petite révolution viticole qui représente déjà une véritable industrie. 

Places de marché virtuelles, comparateurs en ligne ou clubs de ventes privées… il ne s’agit pas de billets d’avion ou d’automobiles, mais bien de vin. Le nectar vinicole n’a plus une place à part dans l’économie digitale, il s’aligne sur les autres biens de consommation.

Vivino : le « Shazam du vin »

Nul besoin de passer des heures à étudier les étiquettes et écussons le long des allées, il suffit désormais de se rendre sur une plateforme d’évaluation. Considérée comme le « Shazam du vin », Vivino, qui se targue de compter 16 millions d’utilisateurs à travers la planète, est l’application vin la plus téléchargée au monde. Fondée en 2010 par Heini Zachariassen et Theis Sondergaard, Vivino apporte aux utilisateurs des informations sur chaque vin : notes de dégustation, avis des utilisateurs, accords mets et vins, prix, lieux de vente, guide d’achat personnalisé… Avec 8,6 millions de vins répertoriés, la base de données participative fonctionne comme un véritable forum d’experts.

Avenue des vins : la vitrine virtuelle

Vous vous délectiez de parcourir les campagnes à la recherche d’un petit producteur dont vous seul connaitriez le secret ? Prenez garde, à l’heure du vin 2.0, les petites adresses s’ébruitent sur la toile comme les rumeurs au café du coin. Première place de marché dédiée au vin et au champagne, Avenue des vins est une plateforme de mise en relation entre vignerons et acheteurs. Les intermédiaires sortent du cercle, les consommateurs achètent leurs bouteilles directement au domaine. Vous aimiez visiter les chais et rencontrer les dynasties de propriétaires ? En 2016, au lieu de musarder dans les domaines, vous disposez de vidéos descriptives et de formulaires de contact. Loin d’être réservé aux grandes maisons, le site fondé par Jacques Legros et Julien Guinand prétend aussi donner aux tout petits producteurs une exposition sans égale et un accès facilité à la demande.

Cavexchange : les primeurs en ligne

Faisant fi de ces solutions à la modernité déconcertante, vous êtes un amateur aguerri qui courre en avant-première les ventes de vin en primeur ? Il est maintenant loin le temps où seuls les nez affûtés pouvaient anticiper la qualité d’une récolte avant la fin de l’élevage. Cavexchange, dont le premier métier était la constitution et la gestion de cave à distance, dévoile une nouvelle promesse : incarner le conseiller particulier des investisseurs en primeur. À l’initiative de son fondateur Jean-Christophe Coisy, le service se place, entre autres, comme un défenseur du consommateur et le détenteur d’une vérité : il corrige les prix, des primeurs surévalués comme des châteaux sous-évalués. In vino veritas ?

Chais d’oeuvre : le Club Premium

Aucun secteur de marché n’y échappe. L’amateur de vin premium, comme le passager première classe ou l’usager du lounge, n’apprécie guère se fondre dans la masse. Si les Wine Tasting physiques se multiplient, Internet n’est pas en reste. Avec Chais d’oeuvre, Manuel Peyrondet internationalise le club privé d’amateurs de vin. Après une levée de fonds d’un million d’euros, le Meilleur Sommelier de France 2008 s’attaque au marché européen avec un positionnement mixte : des soirées dégustations oenologiques classiques, associées à un abonnement façon « box », qui permet de recevoir, chaque mois, une sélection de bouteille à domicile.

Et la tradition dans tout ça ?

Ces nouveaux acteurs de la viticulture online adoptent les pratiques en vogue sur le web, jusqu’au mode de financement. Leur déploiement s’appuie bien souvent sur des plateformes de crowdfunding – ou financement participatif –  (ce dernier peut même parfois être leur coeur de métier, comme chez WineFunding) quand il ne cherche pas appui auprès de mastodontes d’Internet (les fondateurs de Blablacar, Drivy ou encore Webhelp font partie des investisseurs de Chais d’oeuvre, par exemple). Mais dans cette course à la dématérialisation, ne risque-t-on pas de perdre de vue les valeurs qui animent les domaines et notre culture nationale des vignes : la terre et le terroir, la rencontre avec l’humain, la tradition et ses savoir-faire, et le plaisir des sens ?

Roxane Nojac

Rédactrice en chef - Le Courrier Financier

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